Un été frais au Québec, mais “chaud” pour les marchés

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Ceux qui rêvaient d’un bel été chaud risquent d’être déçus. C’est d’ailleurs ce que souligne très bien dans un article ma collègue Isabelle Bérubé : L’été 2012 sera frais

En fait, après vérification, je dois même dire qu’on n’est vraiment pas chanceux. Car à en croire les prévisions, le Québec est tout aussi bien dire encore une fois bel et bien distinct!! Il sera pratiquement l’une des seules régions au Canada à devoir supporter des conditions normales à fraîches et plus humides comme le révèle très bien d’ailleurs les images de Accuweather : Canada Summer 2012: Hot for Many; Atlantic Tropical Threat

Si l’on se fie au National Ocean and Atmospheric Administration (NOAA), aux États-Unis, on parle aussi d’un été plus chaud et sec qu’à la normale, spécialement dans le Midwest et les Grandes Plaines américaines où le cœur des cultures de grains se situe. En fait, au Kansas, les conditions commencent déjà à être assez sèches pour menacer le rendement des cultures de blé d’hiver en cours qui sont à 72% au stade de l’ « épiaison ». Dans le Midwest, certains modèles météo indiquent aussi qu’une 1re vague de chaleur de l’année pourrait frapper la région au cours de la fin mai. Et à en croire le NOAA, ce ne serait que le début, puisque l’organisme américain prévoit également des conditions anormalement chaudes et sèches pour ces régions au cours des mois de juillet à septembre prochain.

Bref, peut-être qu’au Québec nous serons quitte pour un été « ordinaire » et même assez humide, mais pour le reste de la plupart des régions d’Amérique du Nord, ça risque d’être plutôt chaud et sec. Et qui dit chaud et sec laisse planer aussi le doute de sècheresse, de dommages aux cultures et de pertes de rendement.

Pour les grains, attacher vos tuques, tout ceci veux donc dire qu’on risque de connaître encore plusieurs mois de montagne russe côté prix des grains à la bourse, tout au moins jusqu’à ce que la récolte soit avancée aux États-Unis.

Pendant que je réfléchissais aussi ce matin à ce blogue, je regardais certains graphiques d’un analyste que j’aime bien, M. Gavin Maguire de l’équipe de Reuters :

Net speculator positions in soybeans and CME wheat

Et, ce qui m’a frappé même si ce n’est pas nouveau, c’est combien le marché des grains devient de plus en plus « spéculatif » et donc, par la même occasion, nerveux et parfois complètement irrationnel. À preuve, la dernière correction assez importante que nous avons connue dans le soya alors même que tout tend à indiquer qu’il va certainement y en avoir encore moins de disponible que prévu dans les prochains mois. Vraiment rationnel les marchés?! Non!

Alors maintenant, imaginez ce qui se passera dans les prochaines semaines maintenant que nous rentrons dans une phase de l’année déjà bien connue pour être elle même très spéculative, celle du « marché de météo », avec de possibles sécheresses et vagues de chaleur qui pendent au bout du nez des cultures aux États-Unis?! Je vous laisse deviner…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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