Un marché de météo en plein hiver !

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

La situation actuelle dans les marchés est assez particulière. En temps normal, à ce moment-ci de l’année, la principale préoccupation des marchés se concentre sur les estimations de consommation de grains d’ici les prochaines récoltes. Et il ne fait aucun doute qu’à nouveau cette année, avec les inventaires américains à des niveaux exceptionnellement bas, c’est encore le cas. Plusieurs incertitudes restent d’ailleurs en suspend de ce côté :

  • Exportations américaines de maïs léthargiques depuis des semaines.
  • Production d’éthanol aux États-Unis qui touche des creux inégalés depuis longtemps.
  • Exportations de soya américain qui ne cessent de surprendre en demeurant très élevées; la Chine restant entre autres très gourmande de ce côté.
  • Consommation domestique américaine de maïs pour la production de bœuf, porc, poulet, etc. qui ne semble pas vouloir se replier autant que prévu.

Bref, tenter de voir clair dans la dynamique de consommation actuelle de grains afin d’établir ce qu’elle aura été au bout du compte n’est pas une mince affaire… Ce qui ne fait aucun doute cependant, c’est que pour l’instant, les consommateurs sont nerveux et qu’ils n’hésitent pas à prendre position pour se protéger d’un éventuel manque à gagner dans les prochains mois. Cette situation aura d’ailleurs été l’un des principaux éléments à l’origine de la « fermeté » actuelle que conservent les prix des grains malgré des récoltes exceptionnelles attendues en Amérique du Sud.

Mais justement, parlons-en de l’Amérique du Sud. Car s’il y a bien quelque chose qui semble présentement faire couler beaucoup d’encre côté marché des grains, c’est bien ce qu’il se passe dans cet hémisphère du globe.

On sait déjà que les conditions météorologiques observées en Argentine depuis les semis en novembre et décembre dernier auront été loin d’être optimales pour les cultures, avec des conditions à la fois tour à tour trop humides et trop sèches. Certaines régions du Brésil auront également été affectées par des conditions trop sèches. Et présentement, ce qui explique d’ailleurs en partie la fermeté du prix du soya, on parle à nouveau de conditions très chaudes et sèches dans plusieurs régions sud-américaines. Résultat, même si les dernières estimations de récoltes pour le Brésil et l’Argentine font état d’importantes productions de maïs et de soya, le fait est que le grain n’est pas vraiment encore récolté pour autant (**bien que la récolte de soya est maintenant bel et bien débutée au Brésil…).

Avec la précarité actuelle que l’on sait côté disponibilité de grains pour les prochains mois, il y a donc beaucoup de nervosité dans l’air à savoir si les récoltes d’Amérique du Sud seront ou non à la hauteur des espérances. Un véritable marché de météo en plein hiver finalement. Le comportement du prix du soya des dernières semaines en témoigne d’ailleurs assez bien : 14,4650 $US/boisseau (531,5 $US/TM) à la bourse au moment d’écrire ces lignes, soit +0,2325$US/boisseau (8,5 $US/TM) depuis le début de semaine et +0,7325 $US/boisseau (27 $US/TM) depuis son creux du 11 janvier dernier.

Mais ce n’est pas tout. Parlant météo, le débat fait déjà aussi rage à savoir ce qu’il en sera des prochaines récoltes américaines :

“Quelles seront les superficies ensemencées aux États-Unis?”

“Est-ce que les sols qui peinent à se remettre de l’incroyable sècheresse historique de l’été dernier auront assez récupéré pour permettre aux prochaines cultures américaines d’atteindre de bons rendements?”

“Si ce n’est pas le cas, quelles seront alors les conséquences advenant qu’une autre sècheresse ou des coups de chaleur aient lieu au cours de l’été prochain?” 

À ce sujet, je vous invite d’ailleurs à lire un excellent article qu’a publié sur le site de Grainwiz l’Agrocentre : Sécheresse aux USA, que peut-on anticiper pour 2013?

Dans tous les cas, il reste cependant impossible de répondre vraiment à toutes ces interrogations pour l’instant. Mais s’il n’y a pas consensus autour de ce que « pourraient » être les prochaines récoltes américaines, il ne fait cependant aucun doute aux yeux de la plupart des spécialistes que celles-ci ne seront certainement pas à l’image d’une année record.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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