Un parfum de fin de « rallye » …

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Vraiment, quel incroyable et surréel saison estivale nous connaissons cette année du côté du marché des grains! Je crois bien qu’en ce moment, il n’y a pratiquement pas une seule journée au cours de laquelle je n’ai pas une discussion ou des questions à ce sujet. Jusqu’où vont grimper les prix? 400$ dans le maïs? 700 $ dans le soya ?!  Et pendant encore combien de temps?! Quelques jours… une semaine, jusqu’à l’automne ou même pour tout le reste de l’année ?! Hmmm !! Permettez-moi d’en douter.

Qu’on se comprenne bien ici. Je ne dis pas que la flambée des prix tire à sa fin nécessairement et qu’ils ne briseront pas à nouveau des records. Je ne sous-entend pas non plus qu’ils ne resteront pas élevés pour autant. Mais au fil des années, avec le temps, on dirait qu’on apprend à percevoir, à sentir pratiquement dans l’air des marchés une odeur qui précède leur recul lorsqu’ils ont grimpé de manière incroyable. Difficile vraiment de l’expliquer. Il s’agit de plein de petits détails et d’information qui pourraient passer sous silence.

Par exemple, quand j’entends de plus en plus de producteurs de grandes cultures dire ne pas vouloir vendre avant que le prix ait atteint 400$ la tonne comme objectif de vente, alors que celui-ci a déjà grimpé depuis le début du mois de juin de 60-65%.

Quand je vois au téléjournal de 18h00 un reportage sur les difficultés très sérieuses qu’éprouvent les producteurs de porc du Québec à survivre et que peu songent que tôt ou tard, il va y avoir sans nul doute aussi une baisse de consommation de grains assez importante qui va en découler.

Où encore, quand je lis l’article d’une jeune journaliste sur Cyberpresse qui présente un texte très « sérieux » sans référence expliquant que le prix du maïs s’est emporté en raison de la consommation excessive de maïs par l’industrie de l’éthanol aux États-Unis (il y a matière à réflexion, mais le problème de la sècheresse a complètement été ignoré dans ce cas particulier…).

Bref, quand trop de choses commencent à ne pas faire nécessairement de sens, il y a quelque chose dans l’air qui me rend de plus en plus nerveux.

Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais à l’aube de la crise financière qui allait ébranler la planète en 2008, les prix des grains étaient aussi sous les feux de la rampe. Le prix du blé avait atteint un nouveau record de tous les temps à plus de 13 $US/boisseau en février, et dans cette foulée, ceux du maïs et du soya avaient suivi par la suite la parade pour atteindre à leur tour de nouveaux sommets en juin.

Maintenant, vous rappelez-vous aussi qu’à cette époque, du jour au lendemain les prix des grains se sont mis à faire la manchette du téléjournal? Un expert annonçant par exemple la fin de la nourriture à bas prix pendant qu’un autre s’évertuait à démoniser l’industrie de l’éthanol comme LE responsable de la flambée des prix. Comme producteurs de grandes cultures, vous rappelez-vous aussi avoir « rêvé » déjà à ce moment de vendre votre maïs à 300$ la tonne pendant que, de son côté votre voisin producteur de porc ne voyait plus comment booker ses fins de mois?

Et puis, finalement, qu’est-ce qu’on peut dire des mois et année qui ont suivi 2008? Est-ce qu’on a vraiment connu une pénurie de grains? Les prix ont-ils vraiment continué sur leur lancée sans jamais retourner en arrière? Je sais… je sais… certains me diront :

« Ouais, mais c’était la crise financière ! Pas surprenant que les prix des grains aient chuté. En 2008, tout s’est effondré! » 

Vrai! Mais est-ce vraiment différent aujourd’hui? Peut-on vraiment dire qu’on n’est pas en train de se faire une bulle rose (ou noir pour ceux qui sont obligés d’acheter leur grain à des niveaux mirobolant)? Je vous pose la question… Et, en guise de réflexion, je vous laisse avec un simple graphique qui illustre, je crois, à merveille le sentiment des marchés tout au long d’une phase de croissance, puis d’effondrement des prix. Où pensez-vous que vous vous situez?

 

 

 

 

** Pour les producteurs qui doivent acheter du grain, inversez le graphique…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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