Comprendre pour prévenir les boiteries de cause métabolique

Crédit photo: Mike Jelinski et Nathan Erickson.

L’alimentation de plus en plus longue avec des aliments riches en énergie est liée à la présence de plus en plus grande de fourbure en parcs d’engraissement. Crédit photo: Mike Jelinski et Nathan Erickson.

En fin d’engraissement, les bouvillons reçoivent une alimentation riche en grains pour une période de plus en plus longue. Les vétérinaires ne savent pas exactement pourquoi cette alimentation riche crée un détachement de deux couches de l’onglon (sabot), suivie d’une rotation de l’os.

Cet effet est toutefois tellement douloureux que l’animal se met à marcher davantage sur l’arrière du pied. Il en résulte une plus grande croissance des onglons. Selon Nathan Erickson, professeur associé à l’Université de Saskatchewan et spécialiste des parcs d’engraissement, la fourbure est assez facile à reconnaître par ces longs onglons courbés vers l’avant.

Puisque l’animal souffre, il se déplace le moins possible et néglige son alimentation. Il arrête alors de prendre du poids et il peut même maigrir un peu. Ses performances d’engraissement sont affectées et la qualité de vie de l’animal en souffre. Ce n’est évidemment pas ce que le producteur souhaite. Rémi Laplante rappelle que la fourbure cause d’autant plus de dommages qu’elle apparaît lorsque les animaux sont près du poids d’abattage.

Quelles solutions ?

Faudrait-il revenir à une alimentation plus riche en fibres et donc en fourrages ? « Ce serait une bonne chose de servir plus de fourrages, mais nous perdrions de l’efficacité », explique Nathan Erickson. Selon lui, les cas de fourbures sont assez simples à déceler, mais le traitement est plus complexe. Les animaux présentant une fourbure sévère peuvent être expédiés plus tôt à l’abattoir. Toutefois, il faut s’assurer que l’animal soit capable d’effectuer le transport de plusieurs heures vers l’abattoir de l’Ontario ou de la Pennsylvanie.

« Pour l’animal qui ne peut pas être envoyé à l’abattoir, il y a un choix à faire », explique Rémi Laplante, vétérinaire de la Fédération des producteurs de bovins du Québec. Une option est de l’envoyer dans un abattoir de proximité. Ces abattoirs sont de juridiction québécoise et offrent une mise en marché limitée. Le producteur peut aussi décider de garder le bouvillon pour sa consommation personnelle, mais avec la quantité de viande que fournit un seul animal, le nombre doit être limité. Le troisième choix est le traitement.

Et la prévention ?

Selon Nathan Erickson, il n’y a pas vraiment de traitement pour la fourbure. Il est toutefois important de bien comprendre la maladie pour prendre les bonnes décisions préventives. Une alimentation riche en grains change le type de bactéries pré- sentes dans le rumen, ce qui abaisse le pH du rumen.

Comment cette diminution du pH crée-t-elle la fourbure ? C’est ce que les experts ne savent pas. Toutefois, ils croient fermement en cette thèse d’acidose ruminale. Pour la combattre, la prévention est de rigueur. « C’est important d’acclimater lentement les bouvillons à une ration riche en grains », explique Nathan Erickson. Ceci permettra une modification graduelle du type de bactéries et une diminution lente du pH.

L’autre élément contribuant à une bonne prévention de la fourbure est l’administration d’une dose adéquate de prémélange Rumensin ou de prémélange Monensin. Le nom diffère selon la compagnie. Nathan Erickson refuse d’indiquer la dose appropriée. C’est plutôt au vétérinaire praticien de l’entreprise de faire la bonne recommandation. « Il n’y a pas de temps de retrait», précise-t-il.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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