Les jardiniers qui sèment à la main savent que l’extrémité pointue de la semence doit être placée vers le bas. La nature fait le reste. Mais parvenir à ce que cela se produise avec les semoirs modernes lancés à 16 km/h sur des centaines d’hectares? C’est un défi. Pendant des années, les ingénieurs n’y sont pas parvenus, jusqu’à dernièrement.
Precision Planting vient de lancer l’ArrowTube, un nouveau tube de semis capable d’orienter automatiquement les grains de semences avec la pointe vers le bas, en combinant force centrifuge et gravité.
Pourquoi l’orientation du grain est-elle si importante ?
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Quand un grain tombe correctement dans le creux du sillon, tout se passe bien : la radicule s’enfonce dans le sol et le coléoptile se développe à partir de l’embryon, puis remonte verticalement jusqu’à la surface pour former la tige.
En revanche, si le grain est mal orienté — reposant sur le côté, ou pire, l’embryon vers le bas — la jeune pousse doit contourner la graine avant de trouver sa route vers la lumière. Ce détour, aussi court soit-il, prend du temps. Et du temps perdu à la levée, c’est du rendement perdu.
Cory Muhlbauer, agronome de recherche chez Precision Planting, le chiffre clairement : un retard de 36 à 48 heures dans la levée peut amputer le rendement d’une plante de 30 à 60 %.
L’orientation du grain influence aussi la façon dont les premières feuilles se déploient, et donc la quantité de lumière solaire que la plante pourra capter dès le départ. Comme le dit Cory Muhlbauer : « Ces petites graines sont de véritables usines solaires. Notre objectif, c’est de maximiser leur efficacité. »
Quatre ans de travail pour trouver la solution
Les études ne manquent pas pour confirmer les bénéfices d’un semis orienté. Des recherches menées dès 2012-2013 par Pioneer et plusieurs universités américaines montraient des gains de rendement allant de 9 à 29 % avec des grains semés manuellement, pointe vers le bas.
Mais jusqu’à présent, les ingénieurs n’étaient pas parvenus à rendre l’orientation des semences pratique à grande vitesse.
Precision Planting a mis quatre ans à résoudre le problème. Le secret réside dans un tube de forme hélicoïdale, associé à une unité d’accélération placée en haut du tube. Concrètement, les grains sortent du doseur, passent entre deux roues contrarotatives qui leur font faire une boucle, puis un système de friction et une paroi de guidage les basculent dans le bon sens. La forme en spirale du tube fait le reste, en retournant les grains récalcitrants.
Une fois bien orientée, le grain s’enfoncent dans un sillon légèrement plus étroit et plus profond que d’habitude — 16 mm (5/8 po) de plus que les systèmes classiques — ce qui l’empêche de rouler et le maintient en place.
Les résultats sur le terrain
Precision Planting a comparé l’ArrowTube à un semoir conventionnel sur environ 1200 hectares et 52 répétitions réparties sur sept sites.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
-Un semoir classique place le grain avec la pointe vers le bas dans seulement 12 % des cas.
-L’ArrowTube y parvient dans 62 % des cas, et atteint près de 90 % si l’on inclut toutes les orientations favorables.
-Le gain de rendement observé : environ 0,43 tonne par hectare (6,4 boisseaux par acre).
« Au final, du point de vue de l’émergence, nous avons constaté une réduction de 18 % du nombre d’émergences tardives », a déclaré Jeremy Hodel, chef de produit chez Precision Planting.
Le système fonctionne également pour le soya, avec des résultats un peu moins précis que pour le maïs.
L’ArrowTube a été présenté en janvier 2026 lors de la conférence annuelle de Precision Planting, rebaptisée PTx pour marquer la fusion avec les activités agricoles de Trimble, sous l’égide d’AGCO.
La technologie est encore en développement, mais les premiers résultats laissent entrevoir une avancée réelle pour les agriculteurs en quête de rendements plus stables et de cultures plus homogènes.
Cet article de John Greig publié dans Farmtario a été traduit et adapté par Le Bulletin des agriculteurs.