Azote sur mesure

Un jour, votre agronome vous fera deux recommandations pour la fertilisation de chacun de vos champs : une recommandation maximale et l’autre, minimale. Les taux d’application seront ensuite à votre discrétion. Pour décider, vous utiliserez un logiciel agronomique qui tiendra compte de vos types de sol, de la topographie, des applications de fumier, de la météo des derniers mois et bien sûr, du prix des engrais.

Vision futuriste? Spécialiste des sols à l’Université Purdue, en Indiana, Brad Joern, y croit. « L’azote est quelque chose de si variable. Il faut voir son application différemment », a-t-il confié au Bulletin.com en marge du Rendez-vous végétal, à Drummondville la semaine passée.

Brad Joern, spécialiste des sols à l'Université Purdue PHOTO : André Dumont

Brad Joern travaille au développement d’un modèle informatique qui permettrait entre autres d’ajuster avec précision les applications d’azote. Actuellement, aux États-Unis comme au Québec, les recommandations d’azote sont basées sur des moyennes de taux de réponse selon les cultures. Le hic, c’est que l’azote se comporte différemment selon le type de sol et la quantité disponible varie énormément en fonction des aléas de la météo.

Selon Brad Joern, il faut viser une dose optimale d’azote, plutôt qu’une dose établie selon des moyennes. D’emblée, il admet que son modèle ne sera pas une panacée, mais qu’il permettra une chose : fertiliser avec plus de précision que la moyenne.

Le modèle informatique qu’il développe se basera d’une part sur les profils de sols déjà cartographiés à l’échelle des États-Unis. À la ferme, les types de sols peuvent varier encore plus que le montrent ces cartes, mais celles-ci seront un bon point de départ.

On utilise ensuite les données de la météo depuis le 1er octobre de l’année précédente, jusqu’au jour avant l’application en post-levée. « Je ne sais pas ce qu’aura l’air le reste de la saison, mais au moins je sais s’il y a eu des pertes d’azote au printemps ou à l’automne. S’il y a eu peu de perte à cause de la météo, je pourrai en appliquer moins. »

Le temps qu’il fait et le lessivage qui en résulte est le principal facteur variable dans la quantité d’azote disponible, explique Brad Joern. Notons cependant qu’aux États-Unis, il est commun de fertiliser à l’automne et que dans la plupart des états, il n’y a pas d’interdiction d’application du lisier pendant la saison froide.

Autre nuance : en général aux États-Unis, seules les applications de lisier ou de fumier font l’objet de réglementation stricte. « Si vous n’avez pas d’animaux et ne recevez pas de fumier, en théorie, vous pouvez appliquer des fertilisants comme vous voulez, rapporte Brad Joern. C’est plutôt la rentabilité économique qui dicte ce qu’un producteur appliquera. »

Le modèle de notre chercheur pourra se raffiner encore plus, pour tenir compte de la topographie spécifique à chaque champ. « S’il y a une pluie de 20 mm et que le champ est ondulé, ces mêmes 20 mm n’auront pas le même impact sur l’azote sur une crête comme dans le fond d’une dépression », explique-t-il. On pourra alors utiliser des taux variables lors de l’application.

Phosphore et potassium

Pour le phosphore et le potassium, l’approche est toute autre. Brad Joern croit que les producteurs devraient enrichir leurs sols de ces éléments de façon optimale, à moins d’être locataires. Si les prix de ces engrais montent, le producteur sera ensuite capable de sauter une année.

Le modèle de fertilisation optimale que développe Brad Joern sera-t-il un pas de plus dans la grande marche de l’agriculture de précision? « Je l’espère! », dit-il, ajoutant que le modèle lui-même en est à ses premiers pas.

La rétention de l’azote par le sol et sa disponibilité pour la plante varie selon un trop grand nombre de facteurs pour que l’on continue à fertiliser selon des moyennes, insiste-t-il. « Il faut faire de fins ajustements et proposer une fertilisation individualisée à chaque site. »

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