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Chronique Experts fourragers

Conseils pour bien débuter la saison

En ce début de saison, l’heure est au bilan après un hiver particulièrement froid et enneigé. Certaines régions du Québec ont encore plusieurs centimètres de neige au sol. C’est le cas entres autres pour l’Est du Québec, les Laurentides, le Saguenay-Lac St-Jean et l’Abitibi-Témiscaminque où il est encore trop tôt pour poser un diagnostic puisque les prairies commencent à peine à se découvrir, alors que pour d’autres, le dégel printanier est bel et bien terminé.

Premiers constats
Selon les observations de Christian Duchesneau, agr. chez Synagri et Benoit Fradin conseiller technique chez William Houde, les dommages ne semblent pas trop importants d’après les champs visités sur la Rive-Sud et la Rive-Nord de Montréal.

Les bonnes conditions générales des luzernières s’expliquent par le fait qu’elles sont entrées dans la saison hivernale en bien meilleure condition qu’à l’habitude. Elles ont eu une humidité adéquate et une bonne repousse automnale, ce qui a aidé à réapprovisionner les racines en hydrates de carbone. Un bon couvert de neige a aussi servi comme isolant en protégeant les cultures durant les périodes froides. Autre constat positif, l’eau produite par la fonte des neiges se dirige directement dans le sol et est évacuée par les drains au lieu de rester en surface.

La survie hivernale semble bonne pour les régions de la rive Nord (Vaudreuil, Mirabel), de Compton en Estrie et de Nicolet. Dans le Centre du Québec, la situation semble également positive à première vue.

Cependant, on dénote des dommages localisés tout près de Farharm, l’Ange-Gardien et de St-Hyacinthe. Toujours en Montérégie, des dommages partiels sont visibles dans les « baissières », soit les zones d’accumulation d’eau et de glace. Les dommages les plus importants ont été notés dans des argiles lourdes avec un faible drainage de surface, notamment dans le secteur de Ste Martine.

Quoi regarder dans les champs
M.Fradin y va de plusieurs conseils pour dresser un bon diagnostic de sa luzernière:

•En raison du dégel tardif et les températures anormalement froides, le sol tarde à se chauffer, ce qui limite la croissance des bourgeons. « On note que les luzernes fauchées à l’automne ont une plus faible vigueur ce printemps. Il faut donc encore être patient avant d’évaluer définitivement ces champs », observe M.Fradin.

• En 2013 la verse et la récolte tardive des céréales plantes abris ont fait des dommages aux luzernes grainées. Il serait bon de marcher ces champs et d’évaluer la densité : il faut rechercher au moins 12 plants par quadra d’un pi2 pour les mélanges à dominante de luzerne. Un sur semis a été recommandé dans les champs à faible population.

•Le mil et les bromes ont redémarré plus hâtivement leur croissance que la luzerne. Cependant le feuillage est parfois rouge violacé, un signe possible de stress lié à des gels tardifs.

•La fétuque élevée présente souvent un aspect blanc et desséché causé par la brûlure du gel. En cas de doute sur la survie, il faut vérifier la vigueur en arrachant quelques plants : la croissance de nouvelles pousses à la base du plant est un signe de bonne santé.

•Si le dactyle montre des signes de mortalité, il serait bon d’effectuer un semis direct dans ces situations.

Conseils de sursemis
Pour les producteurs qui voudraient effectuer un sursemis dans leurs champs endommagés ou bien à faible population, M.Duchesneau propose les espèces suivantes dans l’ordre de vigueur printanière : trèfle rouge, trèfle blanc (en pâturage), lotier (en pâturage), luzerne, ray-grass annuel ou vivace, dactyle et des résultats intermédiaires pour la fléole des prés, l’alpiste roseau, les fétuques ou bromes. Une mise en garde est nécessaire pour la luzerne en raison de l’auto-toxicité. Elle n’est recommandée que dans les luzernières de plus d’un an.

Dans le cas de sursemis, les producteurs devraient utiliser le semoir à semis direct ou le semoir à céréales conventionnel avec tubes. Dans ce dernier cas, la semence tombe juste derrière le disque dans le sillon, ce qui facilite la germination.

À surveiller
Il faudra rester aux aguets et remarcher les champs lorsque la chaleur aura fait son apparition, question de se donner plus de sécurité. M.Fradin estime aussi que le retard de croissance actuel devrait être comblé progressivement dans les prochaines semaines. « Nous sommes à près d’un mois de la 1ère coupe et il sera urgent d’appliquer la fertilisation azotée dès que les champs vont être portants ! »

Article réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères: http://www.cqpf.ca/

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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