Chute brutale du prix du porc

En juin, les producteurs de porcs arboraient un sourire bien large. Le prix du porc était en hausse, en forte hausse même. « En juin seulement, il y a eu une augmentation de 15 à 20$/tête, basé sur le prix à terme », explique le stratège de marché Gabriel Joubert-Séguin de RJO’Brien Canada.

1e Effet de la Chine

Cette hausse importante était stimulée par une anticipation d’achat important de porc américain par les Chinois. Ces derniers ont bel et bien acheté, mais pas autant que prévu. Ce fut l’élément déclencheur vers une chute de prix.

Depuis juin, le prix du porc québécois a chuté de 50$ du 100 kg. L’été est la saison durant laquelle le prix du porc est le plus élevé. Le prix rebaisse à la fin de l’été, mais cette année, le repli est survenu plus tôt et abruptement.

« La Chine représente seulement un dixième des exportations de porc américain, donc cette anticipation d’augmentation était basée sur un petit volume », explique Gabriel Joubert-Séguin. Ce géant a bel et bien acheté davantage de porc, mais il s’est tourné davantage vers l’Europe.

Les trois-quarts des exportations de porc américain vont vers le Mexique et le Japon avec des volumes similaires. Le Mexique a légèrement diminué ses importations de porc depuis un an.

Les exportations nettes de viande de porc ont quand même augmenté de 6,4% entre juillet 2015 et juin 2016. Mais ce fut moindre que les prévisions des stratèges de marché.

2e Offre de viande élevée

D’une année à l’autre, la production de viande de porc est relativement constante, mais jumelé à une légère augmentation de la production de viande de bœuf et à une importante augmentation de production de viande de volaille, les Américains se retrouvent avec une offre de viande élevée.

En 2014 et 2015, la production américaine de volaille a diminué en raison d’un épisode majeur d’influenza aviaire. La production est revenue, mais les exportations n’ont pas repris. L’offre de viande de volaille est donc très élevée.

En 2014, les Américains disposaient d’une offre de 100 livres de volaille par habitant. En 2017, les prévisions sont de 110 livres de volaille par habitant.

« Dans les viandes, on ne peut pas vraiment entreposer, il faut la consommer… C’est là que ça fait mal sur les prix », explique Gabriel Joubert-Séguin.

L’offre importante de viande a un effet important sur le prix du porc. Important indicateur, le prix du bacon a chuté de 40% depuis un mois. « Habituellement, la demande est très forte en été », explique Gabriel Joubert-Séguin.

Peu d’effet du dollar canadien

« Il n’y a pas de fluctuation majeure du dollar canadien, explique Gabriel Joubert-Séguin. Ça n’a donc pas d’impact important sur le prix du porc. »

Qu’arrivera-t-il cet automne?

Le prix du grain est très faible actuellement, ce qui encourage les producteurs à ne pas diminuer leur production de viande de porc. Les augmentations seront toutefois modestes puisque la marge est négative.

Avec des coûts d’achat de grains faibles, la production de poulet continuera cependant à augmenter. « On prévoit une augmentation de l’offre de viande par habitant », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Les chiffres suivants vous démontrent à quel point l’offre de viande est élevée. De 2012 à 2014, l’offre nette était de 203 livres par habitant. En 2016, elle est de 214 et en 2017, elle sera de 216 livres.

Malgré une offre de viande élevée et un prix du porc à la baisse, le stratège croit qu’il peut y avoir des opportunités à saisir pour les producteurs de porcs. « Ce qui est important, c’est la marge, dit Gabriel Joubert-Séguin. Il y a trois variables à considérer : le prix du porc, le prix des grains et le taux de change. Si l’une de ces trois variables devient favorable, la marge peut revenir positive. »

Les productions de maïs et de soya américains atteignent des records cette année, avec une production de blé abondante, les prix des grains et donc de l’alimentation des porcs, resteront bas jusqu’à l’été prochain.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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