En 2050, il fera chaud!

Vous avez commencé à percevoir les changements climatiques, par la date de vos semis printaniers, ou par la diminution du couvert de neige? Vous n’avez encore rien vu.

Toutes les tendances observées depuis 15 ans devraient se poursuivre : les hivers seront moins froids, les étés plus chauds et les événements météorologiques extrêmes seront plus fréquents, ont indiqué des chercheurs d’Ouranos, le consortium québécois sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques.

Lors du récent Colloque en agroclimatologie du CRAAQ, Line Bourdages et Anne Blondlot ont présenté des scénarios de changements climatiques et leurs conséquences sur l’agriculture. Pour faire des projections climatiques, elles ont combiné des dizaines de modèles, certains régionaux, d’autres globaux, élaborés avec plusieurs scénarios d’émissions de gaz à effet de serre.

Dans une première série présentée, plus de la moitié des modèles projettent une augmentation de 2 à 3 oC sur le sud du Québec d’ici 2050. Sur la même période, les précipitations augmenteraient de 5 à 10 %.

Les chercheurs ont combiné d’autres scénarios, pour comparer les périodes 1961 à 1990 et 2041 à 2070. Il s’avère que le scénario médian fait état d’un réchauffement de 3 à 4 oC l’hiver dans le sud du Québec, cette différence s’accentuant en montant vers le nord. Le couvert de neige sera donc encore plus mince qu’aujourd’hui.

L’été, c’est dans le sud du Québec que le réchauffement sera le plus marqué, de l’ordre de 3 à 3,5 oC.

Vers 2041, l’hiver, on peut s’attendre à 40 mm de plus de précipitations dans le sud du Québec. L’été, les précipitations seront égales ou inférieures à celles d’aujourd’hui.

En tenant compte seulement de l’augmentation des températures l’été, en 2040, la culture du maïs grain et du soya deviendra possible en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. Les rendements moyens de maïs passeront à 12,6 t/ha en Ouaouais, 10,7 t/ha dans le centre du Québec et 12,9 t/h dans le sud du Québec.

Quant au soya, en 2040, le rendement pourrait atteindre 4,2 t/ha en Outaouais, 3,7 t/ha dans le centre du Québec et 4,3 t/h dans le sud du Québec.

Par contre, l’augmentation des températures aura d’autres conséquences, qui pourraient miner les rendements. Les ennemis des cultures pourraient migrer vers le nord et exercer plus de pression, le stress hydrique l’été pourrait rendre l’irrigation nécessaire et les événements climatiques extrêmes pourraient endommager les cultures, provoquant de l’érosion et la dispersion de fertilisants ou d’herbicides dans l’environnement.

Bien adaptées aux climats frais, les céréales à paille pourraient pâtir de trop de chaleur. Par contre, cette dernière profiterait au soya et au maïs, qui deviendraient cultivables dans des régions qui n’ont jusqu’ici jamais bénéficié de suffisamment d’unités thermiques maïs (UTM).

Les plantes fourragères pourraient offrir plus de rendement, donc plus de coupes par saison. Par contre, elles seraient plus vulnérables aux gels hivernaux, en raison du faible couvert de neige.

Les changements climatiques ne seront pas limités au Québec. Ce qui se passe ailleurs dans le monde pourrait aussi influencer notre agriculture, préviennent les chercheurs d’Ouranos. Par exemple, les marchés des denrées seront influencés par des pénuries ou par l’expansion de l’agriculture ailleurs sur la planète, ce qui obligera nos agriculteurs à faire des choix.

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