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Encore difficile pour la relève agricole féminine

On le constate, les femmes sont de plus en plus nombreuses à prendre la relève depuis une vingtaine d’année. Depuis 2008, la proportion de jeunes femmes qui s’établissent est de 30%. La relève féminine possédant la moitié et plus des parts d’une entreprise a augmenté au Québec de 2011 à 2016, passant de 62 % à 66 %.

Devant ce phénomène, le Conseil du statut de la femme a décidé de dresser un portrait de la relève au féminin. Ce qui se dégage est une image nuancée des différents parcours qui reflètent également les changements qui ont lieu en agriculture. Il est toutefois aussi question des obstacles encore nombreux pour les femmes qui désirent prendre leur place.

Une recherche menée ces derniers mois a abouti au présent rapport La relève agricole féminine au Québec – Remuer ciel et terre – Portrait d’agricultrices. Ce dernier circonscrit quelques  enjeux propres à la relève agricole féminine, « notamment l’accès au financement, la reconnaissance sociale et professionnelle auprès des pairs et des paires et la conciliation travail-famille ». Elles doivent aussi « relever plusieurs défis afin de se tailler une place alors qu’elles ne sont « ni la femme de, ni la fille de ».

Un constat est également évident pour le Conseil du Statut de la femme, soit « que la relève féminine, qui intègre le métier de manière soutenue depuis 2001 en empruntant des chemins diversifiés, représente l’une des clés essentielles de la poursuite du développement de l’agriculture québécoise ».

Trois femmes, trois parcours

Le portrait dévoilé aujourd’hui montre le parcours de trois femmes dans trois secteurs distincts. Bien que chaque histoire en agriculture ait des particularités qui lui soit propre, Audrey Bogemans, Véronique Bouchard, et Maude Tremblay personnifient des tendances, à la fois en agriculture mais aussi les chemins suivis par les femmes. Maude Tremblay est une relève non-apparentée qui gère seule son élevage de bovins de boucherie alors qu’Audrey Bogemans a pris la relève de l’entreprise familiale en commerce de grains. Véronique Bouchard est quant à elle copropriétaire de la Ferme aux petits oignons, une culture maraîchère biologique.

En plus des défis inhérents à l’agriculture, les femmes doivent assumer certaines charges qui leurs reviennent plus souvent qu’autrement. La chercheure Nathalie Bissonnette a dégagé certaines constantes en matière de division du travail. On peut lire dans le rapport que « les hommes occupent des responsabilités techniques, alors que les femmes se consacrent à la gestion et au volet relationnel de l’exploitation. Elles assument en outre l’essentiel du travail domestique et parental de même que la charge mentale qui y est associée. » Elles font aussi face à des commentaires dans le milieu quant à leur compétence et leurs connaissances. Elles sont aussi sous-représentées dans les organismes décisionnels.

Une sensibilité particulière

L’idée de la recherche est une initiative prise dès le premier jour de l’entrée en fonction de la présidente actuelle du Conseil du Statut de la femme, en mai 2017. Me Louise Cordeau n’est pas étrangère au monde agricole. Native de Saint-Hyacinthe, son père Fabien Cordeau a œuvré pendant plusieurs années à l’Exposition de Saint-Hyacinthe, à la Société d’agriculture du comté de Saint-Hyacinthe, en plus d’être d’agir comme directeur national de l’Association des expositions du Canada durant quatre ans. Me Cordeau se souvient d’ailleurs avoir préparé des rubans pour les jugements d’animaux. Parler de cette réalité et la partager aux médias d’intérêt générait fait partie du mandat du Conseil qui d’ailleurs, n’a pas été très présent auprès de ces femmes, avoue la présidente. « Il y a une méconnaissance de ce cette réalité ».

Le présent portrait n’est d’ailleurs qu’un aperçu. La chercheure, Nathalie Bissonette, a rencontré pendant six mois, soit de décembre 2017 à mai 2018 une vingtaine de jeunes agricultrices de la relève âgées de moins de 40 ans et établies, ou en voie de le faire, dans différentes régions du Québec. La recherche permettra de « prendre plus justement la mesure de la transformation des inégalités entre les femmes et les hommes dans différents secteurs de production agricole », peut-on lire dans le rapport. Les résultats seront publiés ensuite dans un avis du Conseil. Interrogées sur les pistes se dégageant jusqu’à maintenant, à la fois Mmes Cordeau et Bissonnette ont jugé qu’il était encore trop tôt à ce stade-ci de la recherche. L’organisme est toutefois convaincu que les femmes entrepreneures décrites dans le portrait font partie du développement de l’agriculture québécoise.

Pour accéder au rapport, cliquez ici.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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