Européens et Américains au pied du mur à Doha

Doha (Quatar), 8 novembre 2001 – L’Union européenne et les États-Unis se retrouvent au pied du mur à Doha et doivent maintenant combler leurs divergences pour permettre le lancement d’un nouveau cycle de négociations multilatérales.

Ni l’un ni l’autre ne souhaitent endosser la responsabilité d’un nouvel échec après celui de Seattle à la fin 1999 mais leurs positions restent encore très éloignées, en particulier sur l’agriculture, l’environnement et les questions sociales.

« Chacun des 142 participants court le risque d’être responsable d’un échec », affirme Pascal Lamy, Commissaire européen au Commerce. C’est lui qui le premier avait poussé l’idée qu’une nouvelle tentative soit faite après la déconvenue de Seattle, ralliant ensuite à cette thèse Robert Zoellick, le représentant américain au Commerce. Mais les Européens souhaitent une plateforme de négociation la plus large possible englobant tous les sujets alors que les Américains se satisferaient d’un agenda plus limité qui à leurs yeux offre davantage de garantie de succès.

L’UE est très ferme sur la question de l’environnement et sur le respect des clauses sociales. Elle l’est tout autant dans son refus de supprimer totalement les aides à l’agriculture, un engagement que Washington s’affirme prêt à prendre.

Européens et Américains divergent fortement sur la définition même des soutiens à l’agriculteurs. Les Quinze défendent la possibilité d’aides directes que les Américains contestent alors que Washington est montré du doigt sur ses crédits très avantageux à l’exportation considérés comme des subventions déguisées.

Pascal Lamy est soumis à la pression de plusieurs pays membres de l’UE pour mettre en avant l’intégration de la protection de l’environnement dans les échanges commerciaux, mais les Etats-Unis ne sont prêts qu’à y faire seulement référence dans le texte qui servira de base à des négociations qui dureront plusieurs années.

Sur les mesures de protection commerciale, les Américains tiennent à préserver leur droit d’imposer unilatéralement des sanctions en cas de concurrence qu’ils jugeraient déloyale, comme ils s’apprêtent à le faire pour l’acier. L’UE privilégie la conciliation et des solutions négociées en cas de conflit.

Sur les questions sociales, les positions là-aussi divergent avec des Européens soucieux d’éclaircir et de renforcer les relations entre l’OMC et l’Organisation internationale du Travail (OIT) alors que les Américains estiment que les normes sociales peuvent être améliorées et renforcées par la seule libéralisation des échanges.

Même compte tenu de ces divergences, les Américains et les Européens risquent de se retrouver sur ce thème dans le même camp, face à des pays en développement qui considèrent souvent que la question des normes sociales n’est qu’une arme protectionniste supplémentaire utilisée par les pays les plus riches.

Ils tiennent également à préserver le rôle central de l’OMC comme instance de négociation et de résolution des conflits commerciaux internationaux.

Le directeur général de cette organisation, Mike Moore, a prévenu que ce qui sera décidé à Doha lors de la conférence qui s’ouvre officiellement vendredi pour cinq jours « déterminera si l’OMC restera ou non au centre des questions de politique commerciale dans les prochaines années ».

Si l’échec de Seattle était largement imputable aux divergences entre Européens et Américains, le décor a changé avant Doha où les points de friction se situent davantage entre pays pauvres et pays riches.

Pascal Lamy considère toutefois que les pays en voie de développement « ne constituent pas un bloc homogène, loin de là » alors que les pays riches craignent les conséquences d’un échec à Doha sur un climat économique international déjà très mauvais.

Source : AFP

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