Faut-il avoir peur de la Chine?

Depuis la fin 2015, la situation en Chine attire les regards et suscite des inquiétudes à de nombreux égards. Après des décennies d’activités économiques effrénées, la deuxième économie mondiale a affiché au 4e trimestre de 2015 une croissance économique inférieure à 6%. Du jamais vu en 25 ans. Les marchés financiers chinois n’ont pas tardé à chuter de manière dramatique. Le Fonds monétaire international (FMI) a même désigné le ralentissement économique de la Chine parmi les trois principales causes pouvant mener à un recul de la croissance globale pour 2016.

Les craintes envers la Chine sont-elles fondées? Quels pourraient être les impacts pour le Canada? Le Bulletin des agriculteurs s’est entretenu sur le sujet avec l’économiste en chef de Financement agricole Canada, Jean-Philippe Gervais.

Question : Pourquoi l’économie chinoise ralentit-elle?
Jean-Phlippe Gervais : L’économie chinoise est en transition. Il y a eu beaucoup d’investissements dans les infrastructures de la part du gouvernement. La formule a été gagnante dans les dernières années, mais le gouvernement a cueilli les fruits de cette politique. La Chine doit maintenant prendre des risques et se tourner vers le consommateur, dont le niveau de vie s’est élevé dans les dernières années. Ses besoins évoluent. Une part importante de son revenu demeure tout de même consacrée à l’alimentation, soit 40% par rapport à 10% au Canada.

Q : L’économie chinoise est maintenant une économie mature ressemblant davantage aux économies occidentales qu’à celles des pays émergents, n’est-ce pas?

JPG : Oui. Il faudrait en fait que l’économie chinoise ralentisse plus rapidement. Cela signifierait moins d’interventions du gouvernement. Les salaires des Chinois devraient augmenter et, par conséquent, la demande pour les denrées primaires, ce qui est une bonne nouvelle. La demande pour les protéines animales est également en hausse au fur et à mesure que le niveau de vie s’améliore.

Q : Quel est l’impact du ralentissement économique de la Chine sur le Canada?
JPG : D’un point de vue agricole, c’est plutôt une bonne nouvelle. La Chine demeure un gros acheteur de céréales et d’oléagineux. Elle achète du soya sur le marché global. Cela a un impact important puisque le pays s’approvisionne aux États-Unis et que les prix américains ont une grande influence sur les prix au Canada. Le Canada vend aussi du porc en Chine. Ce n’est pas le marché le plus important du Canada, mais c’est un marché d’exportation. Les ventes de bœuf pourraient augmenter. Il y a aussi beaucoup de potentiel pour les cultures spécialisées, comme le canola.

Q : La Chine semble pourtant promouvoir la production interne, que ce soit les cultures céréalières ou la production laitière avec des fermes immenses?

JPG : Le gouvernement avait mis en place une politique de soutien des prix à l’interne, mais cette politique d’autosuffisance commence à ralentir.

Q : À Davos, le premier ministre Justin Trudeau a parlé de diversifier l’économie canadienne pour moins dépendre des ressources naturelles. Y a t-il des marchés potentiels en Chine pour la vente de services ou de biens spécialisés du secteur agricole?
JPG : Il y a certainement des marchés pour les biens et services d’ici, que ce soit pour de la machinerie ou de la génétique, dans lequel le Canada est reconnu. C’est aussi vrai pour les intrants et les produits transformés. La Chine n’est pas un marché sans risques, mais je considère qu’il est moins risqué aujourd’hui que la Russie. Il faut voir la Chine comme ayant des marchés distincts et des besoins spécifiques selon les régions. Il y a de la place pour la diversification.

Q : Pour terminer, il a été question dans les dernières années d’investisseurs chinois qui se seraient montrés intéressés à acheter des terres agricoles au Canada. Comment faut-il voir cet intérêt?
JPG : Oui, il y a eu une tendance. Des investisseurs étrangers ont été présents, tout comme d’autres formes d’investissements pour les terres agricoles. Est-ce qu’il y a un impact? Ce qu’on voit le plus demeure des transactions entre producteurs. Le gouvernement dispose aussi d’outils. La propriété des terres agricoles est une compétence provinciale et le gouvernement pourrait décider d’intervenir s’il le juge nécessaire.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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