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Il y a des solutions à la pénurie de fourrages

Face au manque de fourrages, en particulier dans l’est de la province, il n’y a pas lieu de paniquer. Des solutions existent, tant au niveau des cultures que de l’alimentation. Tour d’horizon des principales options.

Dans le contexte de la pénurie de fourrages en raison de la sécheresse, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et le Réseau Agriconseils ont présenté le 16 août 2018 un webinaire regroupant quatre conseillers régionaux. Voici l’essentiel de leurs recommandations pour cet automne et pour le printemps prochain, pour les champs et les troupeaux.

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Pour cet automne

Selon Stéphane Dionne, technologue professionnel et directeur des ventes à la Coop Dynaco, dans les régions est et à cette date-ci, nous sommes à la limite en temps pour semer des céréales et de l’avoine fourragère comme fourrages d’appoint pour cet automne.

Toutefois, si la deuxième coupe a été mauvaise, la troisième s’annonce meilleure. Avec les nuits plus fraîches, un peu plus de pluie reçue récemment et la fertilisation, l’on peut s’attendre à une récolte intéressante. En fait, selon Stéphane Dionne, c’est une erreur de laisser la deuxième coupe au champ. Il faut la faucher pour faciliter la repousse d’une récolte de qualité et en quantité pour la 3ecoupe.

Une option pour pallier le manque de fourrage est de récolter le maïs grain en ensilage. Il est même possible de faire un échange avec un producteur de grandes cultures qui verra d’un bon œil l’offre de fumier contre le maïs ensilage.

Pour le printemps prochain

Sébastien Dionne suggère aussi de faire un ensemencement d’automne pour une récolte de fourrages au printemps. Il faut toutefois prévoir au moins huit semaines avant le premier gel mortel. Si vous semez de la luzerne, il ne faut pas la couper cet automne, mais lui laisser les 15 à 20 centimètres de croissance qu’elle aura d’ici l’automne. Les céréales d’automne peuvent être semées cet automne pour récolter en fourrages au printemps.

De son côté, l’agronome Geneviève Roux du Club Opti-conseils a apporté recommandations précises sur différentes cultures, dont l’avoine, la fétuque et la luzerne. De nombreuses questions ont été posées au sujet de l’herbe de soudan. Geneviève Roux a des clients qui ont de bons résultats avec cette plante. Elle mentionne aussi que Belisle a une grande expertise en la matière. Même si l’herbe de soudan est une plante préférant les climats chauds, pour la région de l’est du Québec, elle offre un potentiel intéressant. Un client de Geneviève Roux la cultive depuis cinq ans et les vaches la mangent avec appétit.

L’ensilage de soya est une option, mais « je recommande moins », dit Geneviève Roux. Parce que cette plante contient moins de sucre, elle fermente moins bien.

Champ d’herbe de soudan cultivé sous régie biologique. La photo a été prise le 25 juillet dernier à La Pocatière

Alimentation des vaches

Selon l’agonome Clément Blais de Valacta, l’ensilage de maïs offre un potentiel intéressant. Il explique qu’il n’y a pas de limite de quantité qu’on peut servir dans l’alimentation. Certains troupeaux ne servent que de l’ensilage de maïs comme fourrage. Il y a cependant des points à prendre en considération. Le prix de protéine est souvent un facteur limitant, mais cette année, le prix du tourteau de soya est bas en raison des perspectives de bonne récolte.

Pour le maïs ensilage, il est recommandé d’avoir une bonne longueur de coupe pour la fibre, d’utiliser des rouleaux craqueurs pour l’énergie, et d’utiliser un inoculant Buchneri pour la conservation du maïs lors de la reprise.

Tout comme Geneviève Roux, Clément Blais met en garde contre l’utilisation de l’ensilage de soya. Les vaches le consomment de façon variable, sans compter que c’est une plante qui ne fermente pas bien. Les producteurs qui décident toutefois d’opter pour ce choix doivent ensiler tôt. Les gousses ne doivent pas être trop mûres.

Prévoir les besoins

Avant de se mettre à acheter des fourrages, Clément Blais recommande de faire ses inventaires de vaches et de fourrages. Quels seront les besoins en fourrages pour les animaux jusqu’au printemps? C’est aussi le temps de faire le tour du troupeau afin d’éviter de garder inutilement des vaches moins productives. Il ne faut toutefois pas oublier que les vaches sont votre source de revenu. Ce n’est pas le temps de liquider le troupeau.

Substituts aux fourrages

Certains ingrédients comme l’écaille de soya et le gros gluten de maïs peuvent être une option pour remplacer une partie des fourrages manquants. Certains produits sont riches en fibres et sont alors intéressants. Le prix actuel des fourrages vendus fait en sorte que ces ingrédients alternatifs deviennent plus accessibles.

Planifier son budget

L’achat de fourrages représente un coût imprévu pour l’entreprise. Selon l’agroéconomiste Donald Larochelle du Groupe conseil agricole Côte-du-Sud, il vaut mieux travailler avec son institution prêteuse pour trouver la meilleure solution à sa situation. Des options comme le congé en capital ou la consolidation de dette sont des options.

« On parle souvent d’un prix de 70$ la balle de fourrages, mais quelle balle?, questionne Donald Larochelle. La matière sèche varie d’une balle à l’autre. » Il recommande de bien vérifier ce que vous achetez. Faites peser les balles ou le chargement, car cela peut faire varier le coût des fourrages de 250 à 310$ la tonne métrique. Encore là, est-ce que c’est au champ, récolté ou livré?

Le changement de ration alimentaire devrait être suivi par l’établissement d’un budget partiel.

Pour ceux qui aimeraient entendre ou réentendre ce webinaire. C’est possible à l’adresse :

http://uplus.upa.qc.ca/category-type/webinaire/

(Webinaire – Spécial sécheresse: des solutions)

Une aide bienvenue

Notons en outre qu’en cette même journée du 16 août 2018, la Financière agricole du Québec a annoncé le versement d’une avance de paiement à 3838 producteurs de foin et de pâturage touchés par la sécheresse. Cette avance dans le cadre du Programme d’assurance récolte s’élève à plus de 27,2 millions de dollars.

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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