Interpellation d’un légumier: les agriculteurs séquestrent deux gendarmes français

Camlez (France), 10 novembre 2004 – Des légumiers bretons ont séquestré pendant plusieurs heures deux gendarmes dans une coopérative à Camlez (Côtes-d’Armor) pour dénoncer l’interpellation d’un des leurs après une manifestation devant la sous-préfecture de Guingamp.

Les producteurs de choux-fleurs, qui font face à une grave crise liée à la surproduction et à la concurrence de pays étrangers à la main d’oeuvre moins coûteuse, manifestent régulièrement depuis une quinzaine de jours pour obtenir des aides du gouvernement. Après un entretien au ministère de l’Agriculture qui les a déçus, ils ont durci leur mouvement en fin de semaine dernière.

« Ces faits-là sont passibles de la cour d’assises », a sermonné le préfet des Côtes-d’Armor Pierre-Henry Maccioni.

« Je ne peux pas tolérer que deux gendarmes soient séquestrés, ce n’est pas négociable. Par contre, le dialogue est maintenu avec les légumiers au niveau économique », a résumé le préfet juste après la libération des deux militaires vers 14H20.

Un imposant dispositif de sécurité, avec une trentaine de véhicules des forces de l’ordre, avait été déployé autour de la coopérative.

Dans la matinée, une cinquantaine de producteurs avaient pénétré dans la brigade de Tréguier pour emmener deux gendarmes à 8km de là, dans le dépôt de la coopérative Bro Dreger, près de Lannion, qui commercialise des choux-fleurs et des tomates, deux produits particulièrement touchés par la crise actuelle.

Un responsable agricole avait fait état à la mi-journée de la « bonne ambiance » qui régnait selon lui sur place. « Nous ne sommes pas des sauvages. Les gendarmes sont en train de manger avec les producteurs », avait souligné Loïc Conan, un responsable des Jeunes agriculteurs.

Mais les manifestants veulent avant tout avoir des nouvelles de la personne interpellée, « avant ce soir ». « Sinon, on ira nous-mêmes le chercher », a-t-on entendu murmurer dans leurs rangs à Camlez.

Le producteur toujours en garde à vue à Rennes mercredi après-midi, avait été interpellé après une action menée dimanche soir devant la sous-préfecture de Guingamp, lors de laquelle une voiture de police avait été endommagée.

Dans un communiqué, les producteurs de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) des Côtes-d’Armor avaient demandé dans un premier temps « que leur collègue entendu à Rennes soit mis en liberté afin qu’ils relâchent les deux gendarmes du dépôt ».

Selon le syndicat, les gendarmes ont perquisitionné le domicile de ce légumier, « le rendant responsable des actions de ces derniers jours ».

« Les gendarmes l’ont finalement emmené menottes aux poignets devant sa famille à Rennes, où il est actuellement entendu », a ajouté la FDSEA.

Outre l’action devant la sous-préfecture de Guingamp, les légumiers s’en sont pris à trois centres des impôts à Lannion (Côtes-d’Armor), Morlaix (Finistère) et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) vendredi soir. Ces saccages font l’objet de trois informations judiciaires, et un chauffeur de car a été condamné mardi à Morlaix à trois mois de prison avec sursis.

Les agriculteurs disent toujours attendre de Paris des propositions « dignes de ce nom ». Le ministère de l’Agriculture leur a promis vendredi de convaincre la Commission européenne d’accepter la mise en place le système de régulation du marché qu’elle a refusé en octobre.

Source : AFP

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