Kyoto ne suffira pas à réduire les gaz à effet de serre à un niveau suffisant

Québec (Québec), 18 février 2003 – Il faudrait une dizaine de Protocoles de Kyoto pour ramener les gaz à effet de serre à un niveau normal, estime Réal Decoste, du Groupe Ouranos, un consortium spécialisé sur les changements climatiques.

Le niveau de gaz à effet de serre (GES) est en effet actuellement quatre fois plus élevé qu’en 1850, c’est-à-dire avant l’industrialisation de l’Occident. Si on voulait réduire cette proportion de GES à un niveau plus acceptable, il faudrait les réduire de l’ordre de 35 pour cent., a expliqué M. Decoste devant la commission parlementaire de l’Assemblée nationale qui étudie le Protocole de Kyoto.

Or comme les États-Unis refusent de l’entériner, le Protocole de Kyoto ne réduira les gaz à effet de serre que de 3 pour cent.

« Donc, essentiellement, il va vous falloir une dizaine de Kyoto, les uns après les autres, à une cadence accélérée, pour ramener les gaz à un niveau acceptable », a dit M. Decoste.

Rappelons que le Protocole de Kyoto, intervenu en 1997 et entériné par une centaine de pays, mais pas par les Etats-Unis, vise à réduire d’ici 2012 les gaz à effet de serre de six pour cent par rapport à leur niveau de 1990.

Ne pas réduire ces gaz aurait des effets dévastateurs pour l’environnement du globe, a plaidé pour sa part le président d’Ouranos, Georges Beauchemin.

Les gaz à effet de serre bouleversent le climat, et sont largement responsables de drames comme le verglas de 1998, les inondations de 1996 au Saguenay, les tempêtes ou les canicules.

Le manque de pluviosité affecte gravement la production d’électricité dans les barrages québécois, cause des feux de forêt qui nuisent à la productivité forestière et fait baisser dangereusement le niveau des cours d’eau.

Pour le Grand Nord, il y a destruction du pergélisol, avec toutes les conséquences comme la destruction des infrastructures, des bâtiments, des pistes d’atterrissage, etc. Dans le Nord québécois, on a observé un réchauffement de trois degrés en 10 ans à une profondeur de dix mètres, a signalé M. Decoste.

Il voit toutefois deux avantages à la situation climatique actuelle.

D’une part, l’agriculture québécoise peut bénéficier des changements climatiques en diversifiant sa production.

Et surtout, le Québec est très avantagé par rapport au reste du monde à cause de sa grande production d’hydroélectricité.

« De ce côté-là, le Québec est béni des dieux. Il a un avantage indéniable. Il a une richesse qui, dans un contexte de changements climatiques, si on réussit à la gérer correctement, devient un gros avantage. Notre pétrole à nous, qui est l’électricité, ne produit pas de gaz à effets de serre », a conclu le scientifique.

Rappelons qu’une motion d’approbation du Protocole de Kyoto est actuellement à l’étude devant l’Assemblée nationale. A Ottawa, la Chambre des communes a entériné le Protocole en décembre dernier.

Source : PC

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