La fourniture d’intrants à l’ère de Zoom

La pandémie COVID-19 oblige les fournisseurs d’intrants à revoir de fond en comble leurs façons de faire

Quand Le Bulletin des agriculteurs a contacté Éric Dionne, il s’apprêtait à tenir un appel-conférence avec une centaine de producteurs. «Les gens reçoivent de l’information à gauche et à droite, explique le directeur principal des ventes de Synagri. Ils veulent s’assurer de bien connaître nos nouvelles procédures. Ils se posent beaucoup de questions sur notre approvisionnement, les prix, les méthodes de livraison, etc.»

La firme spécialisée dans la fourniture d’intrants de culture a tenu plusieurs rencontres du genre au cours des dernières semaines. La plate-forme de communication Zoom, qui fait tellement parler d’elle ces temps-ci, figure maintenant parmi ses outils de base pour rejoindre la clientèle.

Considérés comme un service essentiel, les fournisseurs d’intrants ont dû modifier considérablement leurs façons de faire pour minimiser les risques associés à la COVID-19. L’expérience de Synagri en témoigne de manière éloquente.

Ainsi, Éric Dionne raconte que la direction a formé rapidement un comité de crise qui se réunit -virtuellement bien sûr- chaque matin, sept jours sur sept. Celui-ci a multiplié les mesures d’adaptation. Ainsi, les divers départements de l’entreprise ont été isolés les uns des autres. On a fait le tri entre activités essentielles et non essentielles. «On a décidé de suspendre les activités de la ferme de recherche cette année, donne l’agronome en exemple. Ce ne fut pas une décision facile. Les producteurs qui voudront faire des parcelles, on va leur fournir le stock, mais ils devront le faire de facon autonome.»

Des protocoles sécuritaires ont été établis pour toutes les activités essentielles. Protocoles que la firme détaille dans une section spéciale sur la COVID-19 qu’elle a ajouté à son site web, et qui touchent évidemment le travail des représentants. «En ce moment, décrit Éric Dionne, les producteurs rapportent des dommages dans le blé hiver. Les représentants sont appelés à se rendre sur les fermes pour les évaluer. Alors, le protocole exige qu’il n’y ait qu’une seule personne par véhicule. Et si le producteur doit accompagner le représentant au champ, ils iront dans deux véhicules séparés.»

Une des premières préoccupations du comité de crise a été de sécuriser la fourniture des clients en semences, engrais et pesticides. «On a voulu étaler le travail pour éviter que survienne une congestion, raconte le directeur des ventes. On a demandé aux producteurs de ne pas attendre à la dernière minute pour effectuer leurs commandes. Pour les engrais, on a créé un programme de livraison en sacs de 1000 kilos.»

«Les producteurs ont très bien collaboré, se réjouit-il. Cela permettra de diminuer la demande aux périodes de pointe. Si l’une de nos 22 usines devait suspendre ses opérations à cause de la COVID-19 comme cela s’est produit à l’abattoir de Yamachiche, on sera en mesure de pallier.»

Éric Dionne ajoute que Synagri ne devrait avoir aucune difficulté à s’approvisionner. «Nos achats se sont faits en grande partie avant l’éclatement de la crise, dit-il. On est approvisionné pratiquement complètement. On ne manquera pas de produits.»

On pense tous à l’après-crise. Il y a des changements imposés par la COVID-19 qu’on souhaitera conserver. «La crise sert d’accélérateur, observe Éric Dionne. À titre d’exemple, à l’avenir, on va optimiser le télétravail et la visioconférence afin de limiter les déplacements. Cela économisera du temps et du carburant et ce sera même bénéfique pour l’environnement.»

Comme dit la maxime : «À quelque chose malheur est bon».

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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