La hausse du prix des terres se poursuit au Québec

La hausse est toutefois nulle en Montérégie

La hausse du prix des terres se poursuit au Québec

Si l’agriculture a connu son lot de turbulences au cours de 2020, ces dernières ne semblent pas avoir affecté le prix des terres, au contraire. Au Québec, la progression des prix s’est même accélérée, dépassant le niveau de 2019 ainsi que la moyenne de la hausse pour l’ensemble du Canada.

La valeur moyenne des terres agricoles au Québec a donc augmenté de 7,3 % en 2020, après avoir enregistré une hausse de 6,4 % en 2019. Il s’agit de la 34e année de hausse consécutive, soit depuis 1986, confirme Financement agricole Canada qui a présenté les données.

Au Canada, la valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 5,4 % en 2020. Cette hausse est légèrement supérieure à l’augmentation de 5,2 % enregistrée en 2019.

Pour Jean-Philippe Gervais, économiste en chef de FAC, les chiffres illustrent la vigueur de l’agriculture canadienne. « La terre est l’actif le plus important de toute exploitation agricole et, à ce titre, le marché des terres agricoles est un bon baromètre (…) Même si nous avons traversé une année particulièrement volatile, le revenu agricole s’est amélioré en général et la demande globale de terres agricoles est restée vigoureuse tout au long de 2020.»

Les bons revenus du côté des productions végétales et les faibles niveaux des taux d’intérêt expliquent en grande partie la nouvelle hausse du prix des terres. Même si le bond dans le prix des grains n’est survenu qu’en fin d’année, il a été suffisant pour se refléter sur les revenus des producteurs, note M.Gervais. Par exemple, le prix du soya a grimpé de 33% en 2020, ce qui s’est traduit par une hausse des revenus provenant de la vente de céréales de plus de 8%.

L’appréciation des terres signifie toutefois que les agriculteurs doivent consacrer une part encore plus importante de leurs revenus bruts pour payer les terres. La bonne nouvelle est que la hausse des taux d’intérêt à long terme signifie un ralentissement de la valeur des terres et un meilleur équilibre entre revenus et prix fonciers. La hausse des revenus à la ferme pourrait aussi signifier plus de ressources disponibles pour l’achat de terres, selon l’économiste en chef de FAC.

Au Québec, la plupart des acheteurs ont acquis des terres pour accroître leurs activités, la plupart provenant des secteurs soumis à la gestion de l’offre et du secteur des cultures commerciales. Le nombre de transaction a été stable par rapport à 2019.

La région de l’Estrie a connu la hausse la plus marquée de la valeur des terres, soit 32,4 %, suivie du Saguenay–Lac-Saint-Jean et du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie, avec des hausses respectives de 19,5 % et de 18,1 %. La hausse est toutefois nulle en Montérégie et Centre-du-Québec. Il s’agit d’une première pour la Montérégie après une hausse de 2,9% en 2019. Cela s’explique par un rattrapage pour les terres avoisinant la région, comme l’Estrie. La proximité de cette dernière des zones urbaines l’aurait rendue plus attrayante, ainsi qu’une demande pour les petits lots agricoles.

Tout comme l’an dernier, Jean-Philippe Gervais préconise de jouer de prudence. La hausse du prix des terres va certainement se poursuivre pour la 1ere partie de 2021 et la valorisation des terres reste très élevée par rapport aux taux d’intérêt. Ces derniers devraient augmenter avec la reprise économique prévue en 2e partie de 2021. Il sera d’autant plus important dit-il d’établir des stratégies de gestion de risque pour un, deux ou même les cinq années à venir. « Qu’est-ce que ça représente pour mon entreprise une hausse de 1% des taux d’intérêt? (…) Il faut être capable d’analyser les scénarios pour absorber la variation des prix et avoir des options sur la table pour y faire face. »

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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