La maladie qui changera la production laitière

Le vétérinaire Luc Bergeron.

Le vétérinaire Luc Bergeron.

En 2015, une bactérie a préoccupé plusieurs producteurs laitiers, leurs vétérinaires et même la santé publique. À tel point que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) a mené, en 2015, une enquête de prévalence.

Depuis 2011, le MAPAQ avait noté la présence de la bactérie Salmonella Dublin au Québec. Le pathogène était toutefois principalement concentré dans les élevages de veaux de lait de de veaux de grain.

« À la fin de 2014, nous avons vu l’émergence de Salmonella Dublin sur les fermes laitières », explique le vétérinaire Luc Bergeron, responsable du réseau sentinelle de surveillance du MAPAQ.

Luc Bergeron a présenté une conférence sur cette nouvelle maladie lors du Colloque sur la santé des troupeaux laitiers le 26 novembre dernier à Drummondville.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a été la principale région touchée, mais d’autres démontrent la présence de la bactérie, comme le Centre-du-Québec et la Montérégie. L’enquête de prévalence du MAPAQ a démontré que 3,7% des élevages laitiers québécois sont positifs à la bactérie, c’est-à-dire que sur ces fermes, la bactérie a été retrouvée au moins une fois dans l’environnement ou chez un animal.

Maladie grave

Mais pourquoi doit-on se préoccuper autant de cette bactérie? C’est qu’elle provoque une maladie grave pour laquelle il y a peu d’antibiotiques efficaces. De plus, la bactérie est transmissible à l’humain chez qui elle cause une maladie grave pouvant mener à l’hospitalisation.

La vétérinaire Isabelle Morin.

La vétérinaire Isabelle Morin.

La vétérinaire Isabelle Morin de la Clinique vétérinaire Sagamie au Lac-Saint-Jean a dû être hospitalisée deux jours. Elle a perdu beaucoup de poids. Isabelle Morin a présenté l’aspect clinique de la maladie lors du Colloque sur la santé des troupeaux laitiers.

Cette vétérinaire a été aux premières loges lors de l’apparition de la maladie dans les troupeaux laitiers à la fin de 2014. « J’ai vu des veaux de moins de trois mois qui n’ont pas eu le temps de démontrer des signes cliniques, dit-elle. Une journée, ils vont bien, et le lendemain, ils sont morts. » Dans un des troupeaux qu’elle a suivi, 90% des veaux sont morts en trois mois.

Le traitement antibiotique fonctionne mal avec cette maladie. Premièrement, certaines souches sont résistantes à plusieurs antibiotiques. De plus, l’utilisation d’antibiotiques peut mener à la présence d’animaux infectés qui ne démontrent pas de signes de maladie. C’est au vétérinaire d’évaluer l’efficacité du traitement.

Rappels de biosécurité

Cette maladie risque d’amener des changements drastiques dans les mesures de biosécurité à la ferme chez les producteurs laitiers. C’est du moins le souhait des vétérinaires Luc Bergeron et Isabelle Morin.

Chez ses clients atteints de la maladie, Isabelle Morin a pris des mesures drastiques de biosécurité. Elle a notamment demandé aux producteurs de verrouiller toutes les portes de leurs étables, d’obliger les visiteurs à porter des bottes de plastiques, de changer de vêtements et de signer un registre de visiteurs. Ces mesures sont fréquentes en productions porcine et avicole, mais pas dans le laitier.

Outre ces mesures, Luc Bergeron rappelle l’importance d’avoir et de respecter un protocole lors de l’entrée de nouveaux animaux. « Le message que je veux laisser est qu’il faut hausser le niveau de biosécurité, dit-il. La production porcine est un exemple à suivre. »

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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