Les points saillants de la Journée phytoprotection

Une journée de champ unique pour parfaire ses connaissances en phytoprotection

C’est au Centre de recherche sur les grains (CEROM) que s’est tenu la dernière édition de la Journée Phytoprotection. Un rendez-vous incontournable pour les agronomes, conseillers et producteurs qui veulent garder leurs connaissances à jour sur la gestion des ravageurs en grandes cultures.
Cette année, la journée consistait en huit ateliers. Chaque atelier était animé par des spécialistes dans leur domaine. Au total, 225 personnes ont participé à l’évènement malgré la pluie. Voici un aperçu de ce qui a été présenté.

Nicolas Deschamps avec son drone à huit hélices conçu pour une pulvérisation de précision.

Drone: un assistant pour le dépistage des champs
Nicolas Deschamps, consultant, expert en agriculture technologique et Sandra Flores-Mejia, Ph. D., chercheuse au CÉROM, ont présenté un aperçu des possibilités de l’utilisation des drones à la ferme. Les images obtenues avec un drone se distinguent de celles d’un satellite par leur grande résolution. Avec un drone, il est possible d’atteindre une résolution spatiale de 3 cm comparativement à 200 cm pour une image satellite. Cette précision, jumelée à la puissance d’analyse de l’intelligence artificielle, offre des possibilités surprenantes pour le dépistage des champs. Des chercheurs travaillent présentement à créer des applications qui peuvent identifier et estimer les populations d’insectes dans un champ à l’aide d’une simple photo. Aux États-Unis, des chercheurs ont découvert que les mauvaises herbes (amarante de Powell) résistantes au glyphosate émettent un spectre de lumière différent des plants non-résistants. Cette découverte a ouvert la porte au développement d’algorithme qui peut identifier du haut des airs les mauvaises herbes résistantes au glyphosate à l’aide d’une photo hyperspectrale avec une précision de 65 à 85%.

Le petit robot désherbeur Oz a été la vedette de la journée. Ses quatre roues sont motrices. Il pèse 110 kg.

Oz: un robot désherbeur
Benoit St-Laurent, D.T.A., président de l’entreprise GMABE a démontré les possibilités du robot désherbeur Oz. Ce robot autonome, conçu à Toulouse en France, est un outil intéressant pour le désherbage mécanique des cultures en rangs.
D’une largeur de 45 cm, il se faufile aisément entre les rangs. Il se déplace à une vitesse de 1,5 km/h et peut désherber une parcelle d’un hectare par jour. Pour se guider, il utilise des caméras qui lui donnent une précision de 2 cm. Son autonomie est de 8 heures par charge.

 

Les agronomes Annie Marcou et David Miville du MAPAQ invitent les participants à identifier les 12 mauvaises herbes qui ont développé de la résistance aux herbicides au Québec

Mauvaises herbes résistantes : un nouvel outil
L’été dernier, le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection a fait l’acquisition d’un instrument d’analyse moléculaire de détection pour identifier les mauvaises herbes résistantes aux herbicides. Avec ce nouvel outil il est possible de confirmer si une mauvaise herbe est résistante en quelques heures seulement, comparativement à la méthode standard qui prenait plusieurs semaines pour obtenir les mêmes résultats. Depuis l’acquisition de cet instrument le laboratoire a analysé 152 échantillons dont 56 se sont avérés positifs. Le service d’identification de mauvaises herbes résistantes est gratuit. Le conseiller ou le producteur envoie les échantillons en suivant la procédure décrite dans ce document.

L’agronome Marie-Édith Cuerrier explique la démarche utilisée pour établir la liste des traitements herbicides dans le soya

Désherber à moindres risques
Marie-Édith Cuerrier, agronome-consultante, Onil Samuel, conseiller scientifique expert à l’INSPQ et Lysanne Emond, agronome, Corteva, ont réalisé un tableau qui compare les risques pour la santé humaine et l’environnement pour 20 traitements herbicides utilisés dans le soya. Ils ont fait appel à la plateforme Sagepesticides pour mesurer l’lRS (indice de risque pour la santé) et l’IRE (indice de risque pour l’environnement). Des parcelles au champ de chaque traitement offraient la possibilité de comparer leur efficacité. En bref, le contrôle des mauvaises herbes était comparable pour tous les traitements. C’est le Pursuit + Firstrate qui affiche l’IRS le plus faible.

Brigitte Duval explique aux participants la démarche à suivre pour faire un bon diagnostic.

Diagnostiquer les problèmes aux champs
Sous forme d’un atelier pratique, les agronomes Brigitte Duval et Julie Brault du MAPAQ ont mis à rude épreuve les connaissances des participants pour identifier des problèmes au champ dans les cultures de maïs et de soya.
Au menu, sept cas problème à diagnostiquer. Les participants ont entre autres appris à reconnaître les dommages de la punaise brune dans le maïs, les malformations causées par des herbicides dans le maïs et le soya, ainsi que des carences d’éléments mineurs dans le maïs.

à gauche: appliqué le matin  à droite: appliqué l’après-midi

Glufosinate: c’est mieux l’après-midi
C’est l’un des faits saillants des parcelles de démonstration de  l’agronome Jean-François Foley de BASF et Caroline Sévigny du Groupe PleineTerre. Comme on peut le voir sur la photo, l’herbicide glufosinate (Liberty) appliqué tôt le matin est moins efficace que le même produit appliqué en milieu d’après-midi.

Vanessa Tremblay, professionnelle de recherche à l’Université Laval a présenté le résultat de ses travaux.

Lutte au phytophthora: choisir le bon gène.
Vanessa Tremblay, professionnelle de recherche à l’Université Laval a présenté le résultat de ses travaux en analyse moléculaire pour mieux combattre le phytophthora dans le soya. On retrouve dans nos sols plusieurs espèces de ce champignon qui cause une pourriture racinaire. Il existe sur le marché des cultivars de soya avec des gènes de résistance à cette maladie. Au total, huit gènes différents sont offerts ( ex. 1a, 1b, 1k). Mais lequel choisir? À l’aide du test mis au point par Mme Tremblay, il est possible d’identifier le gène qui offrira la meilleure protection selon le type de phytophthora que l’on retrouve dans ses sols.
La persistance des mauvaises herbes
Marie-Josée Simard, Ph. D., chercheuse scientifique pour Agriculture et Agroalimentaire Canada a présenté plusieurs données intéressantes sur les mauvaises herbes. Entre autres, on retrouve en moyenne de 1,000 à 50,000 graines de mauvaises herbes dans 1 m2 de sol. De ce nombre, environ 10% germe chaque année. De quoi assurer du travail pour les malhebologistes pour plusieurs années à venir. 

Au total, 225 personnes ont participé à l’évènement malgré la pluie.

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

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