Les subventions agricoles, le problème le plus explosif du sommet de la Terre

Johannesburg (Afrique du Sud), 28 août 2002 – Riches et pauvres n’ont pas réussi à s’entendre,sur la suppression de milliards de dollars de subventions aux agriculteurs occidentaux, mais le sommet mondial sur le développement durable a enregistré des progrès dans d’autres domaines.

Des écologistes ont reproché à l’Union européenne de n’avoir pas soutenu les pays en développement au cours des discussions et les États-Unis ont été critiqués pour n’avoir pas accepté que soient fixés des objectifs clairs d’amélioration des systèmes sanitaires, de promotion des énergies renouvelables et d’augmentation de l’aide au Tiers-Monde.

Le débat sur les subventions à l’agriculture s’est propagé dans la rue, à l’extérieur du centre de conférence.

« Nous voulons être libres de cultiver ce que nous voulons, quand nous voulons, avec la technologie de notre choix, et sans subventions ou taxes qui faussent la concurrence », a déclaré un militant indien, Barun Mitra, entouré de quelque 200 manifestants, dont une trentaine de compatriotes.

Des progrès ont été enregistrés mercredi sur l’augmentation de l’aide financière réclamée par les pays en développement, sur la fixation d’un échéancier pour l’amélioration de la situation sanitaire et sur la préservation des réserves halieutiques.

A Bruxelles, le commissaire européen à l’Agriculture et à la Pêche, Franz Fischler, s’est réjoui mercredi de l’accord conclu la veille, se disant partisan d’une limitation des quotas de pêche alliée à un plan d’action pour empêcher le braconnage.

John Ashe, délégué des Caraïbes, a déclaré au terme d’une réunion qui s’est poursuivie jusqu’aux petites heures de mercredi, que les participants s’étaient mis d’accord sur 99% du texte concernant le financement des aides.

En revanche, les ministres et même les chefs de gouvernement devront peut-être intervenir la semaine prochaine pour sortir de l’impasse sur les subventions à l’agriculture et sur la définition de la globalisation, a-t-il dit.

Les États-Unis ont été vivement critiqués pour un projet de loi visant à augmenter les subventions aux agriculteurs américains, tandis que l’Union européenne est divisée sur la révision de la Politique agricole commune.

La vache et l’Africain

Les pays riches ont, en 2001, consacré environ 54 milliards de dollars à l’aide au développement tout en versant 350 milliards de dollars à leurs agriculteurs. Ce qu’un responsable de la Banque mondiale a résumé ainsi: « En moyenne, une vache reçoit un soutien trois fois supérieur au revenu d’une personne pauvre en Afrique ».

Nombre de délégués ont épinglé l’attitude des États-Unis, fer de lance de la résistance à tout élargissement des engagements de suppression progressive des subventions à l’exportation pris l’an dernier à Doha, à la réunion de l’Organisation mondiale du Commerce, et hostiles à toute « réduction substantielle des subventions intérieures faussant la concurrence ».

« L’économie mondiale est en moins bon état que l’an dernier, de sorte que les pays riches considèrent qu’une réaffirmation des engagements de Doha est tout ce que les pays en développement peuvent attendre », a expliqué un délégué.

Le groupe écologiste Amis de la Terre, a déclaré que les États-Unis étaient « le plus gros obstacle à des progrès au Sommet de la Terre ». Mais il a aussi reproché à l’Union européenne de manquer d’initiative dans le domaine du commerce, de l’énergie et du contrôle de la gestion des entreprises.

« Sur de nombreux dossiers importants, l’UE ajoute au problème plutôt que de contribuer à la solution. Il est temps que l’UE prenne la défense des gens et de l’environnement », a dit le groupe.

« La politique de réforme agricole doit être menée progressivement (…) De grands bonds en avant risquent d’entraîner de graves revers », s’est défendu le commissaire européen au développement, Poul Nielsen.

Intervention de Nelson Mandela

Au troisième jour du Sommet de la Terre, les délégués se sont penchés mercredi sur les moyens de couvrir les besoins en eau de la Planète.

On s’attend à ce qu’ils réaffirment l’objectif adopté il y a deux ans au sommet du Millénaire organisé par l’Onu, de « diviser par deux d’ici 2015 la proportion de personnes pour lesquelles une eau potable sûre est inaccessible ou inabordable ».

Un milliard cent millions d’hommes, de femmes et d’enfants, soit près d’un cinquième de la population mondiale, n’ont pas accès à l’eau potable et 2,4 milliards d’êtres humains ne disposent pas de système sanitaire adéquat, selon l’Onu.

L’ancien président sud-africain Nelson Mandela, dont l’absence, à l’ouverture des travaux, avait déçu nombre de participants, devait lancer mercredi un projet sur l’eau.

« Fournir à la population indienne un système sanitaire et de l’eau potable est une tâche d’Hercule (…) La communauté mondiale devrait se proposer de nous aider par l’intermédiaire des organisations de l’Onu », a dit à Reuters le ministre indien de l’Environnement, T. R. Baalu.

De nombreuses régions indiennes souffrent cette année de la sécheresse. Dans des pays aussi différents que la Chine ou les États-Unis, les réserves d’eau sont en baisse en raison d’une surconsommation.

Dans un éditorial commun paru dans l’International Herald Tribune, les dirigeants d’Afrique du Sud, du Brésil et de Suède exhortent leurs homologues à mettre leurs promesses en pratique la semaine prochaine, soulignant que des progrès décisifs dans la lutte pour l’élimination de la pauvreté et l’avènement d’un avenir viable sont à portée de main.

Les participants devaient aussi évoquer mercredi les moyens pour les pays les plus pauvres de bénéficier de sources d’énergie ainsi que la réduction de la pollution par le recours à des sources d’énergie renouvelable telles que l’électricité solaire ou hydraulique.

Environ deux milliards d’êtres humains n’ont pas accès à une forme moderne d’énergie telle que l’électricité, ou même à des combustibles fossiles.

Ces derniers, tels que le charbon, le pétrole et le gaz, figurent parmi les principales sources de pollution et le réchauffement de la planète leur est imputable. Mais ils représentent encore environ 80% de la consommation totale d’énergie.

Source : Reuters

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