Maïs : l’azote des lisiers serait suffisant

Dans les sols riches en matière organique et recevant régulièrement des apports de lisier, l’application d’azote minéral en postlevée dans le maïs-grain n’aurait aucun impact à la hausse sur le rendement agronomique. L’incorporation rapide des lisiers dans le sol ne ferait aussi aucune différence sur les rendements.

Ces constats sont issus d’une étude réalisée en 2012 et 2013 chez sept producteurs de la région de Chaudière-Appalaches, ainsi qu’à la ferme expérimentale de l’IRDA à Saint-Lambert-de-Lauzon. Marc-Olivier Gasser et ses collègues de l’IRDA et d’Agrinova voulaient savoir si l’incorporation rapide des lisiers permettrait de réduire les doses d’azote en postlevée et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Il s’avère que l’incorporation rapide des lisiers n’a eu aucun impact sur les rendements de maïs, sauf sur deux des huit sites (une augmentation et une diminution). Les chercheurs ont aussi constaté que sur les huit sites, les apports d’azote en postlevée (0, 40 et 80 kg N/ha) n’ont eu aucun effet sur les rendements.

La plupart des sites qui ont servi aux essais reçoivent fréquemment des effluents d’élevage, principalement du lisier de porcs. À l’exception de la ferme expérimentale de l’IRDA, ils ont tous des taux de matière organique élevés, supérieurs à 5 %. Au moment d’appliquer de l’azote en postlevée, tous les sites (sauf un, qui reçoit des lisiers de bovins laitiers) avaient des teneurs nitrates supérieures seuil critique de 20-25 mg N NO3/kg, à partir duquel la probabilité de réponse du maïs à l’engrais azoté est faible.

Réserve d’azote

D’après les chercheurs, les lisiers, et surtout les lisiers porcins, apportent une bonne quantité d’azote minéral rapidement disponible à la culture. Les épandages fréquents d’effluent d’élevage alimentent la réserve d’azote organique du sol et augmentent la teneur en carbone labile du sol, ce qui favorise la disponibilité de l’azote.

À cela s’ajoute la matière organique en abondance. Tout cet azote organique se minéralise et lorsque combinée à l’azote des lisiers et celui du démarreur, il suffit aux besoins de la culture. Sur quatre des huit sites, le maïs a été semé avec un engrais minéral en démarreur.

Dans ces conditions, l’azote supplémentaire préservé dans le sol grâce à l’incorporation rapide des lisiers ne peut pas rehausser davantage les rendements. La pratique de l’incorporation rapide apporte cependant certains bénéfices environnementaux, par la réduction de la volatilisation ou du ruissellement.

Ces champs qui reçoivent fréquemment des lisiers et qui sont riches en matière organique n’auraient donc pas besoin d’apports supplémentaires d’azote minéral pour que le maïs exprime son potentiel de rendement. D’importantes économies en argent et utilisation de la machinerie peuvent être réalisées en réduisant ou éliminant les doses en postlevée.

Fiche synthèse du projet Essais d’incorporation rapide des lisiers pour réduire les doses d’azote et les émissions de gaz à effet de serre

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