La productrice bovine Marie-Pier Beaulieu de Saint-Cyrille-de-Wendover a fait l’essai pendant un mois et demi des colliers qui permettent de contenir des vaches à l’intérieur de clôtures virtuelles, les eShepherd de Gallagher. Certains éléments l’ont séduite, d’autres non.
Ce qui l’a motivée, c’est qu’en travaillant au Conseil québécois des plantes fourragères, elle est très stimulée par tout ce qui est pâturage. Elle voulait l’essayer et en témoigner. Ça lui a aussi permis d’évaluer le retour sur l’investissement pour des colliers à 400$ chacun.
Le 2 octobre 2025, Marie-Pier et son conjoint Guy Falardeau ont installé les colliers virtuels eShepherd de la compagnie Gallagher sur le groupe de 25 vaches pâturant sur le deuxième site d’élevage. Il s’agit d’un pâturage loué à quelques centaines de mètres de leur maison et site principal.
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La première tâche a été d’habituer les vaches à reconnaître le périmètre de la clôture. Ils ont utilisé les clôtures physiques pour apprendre aux vaches que le collier avait la même action.
« Ils disent que si tes vaches sont déjà entraînées à la clôture électrique, c’est beaucoup plus facile d’utiliser les colliers, dit-elle. Parce que la vache, elle a déjà le réflexe, quand il y a un choc, de reculer. »
Les colliers utilisent les satellites pour localiser les vaches. Le tracé de la clôture virtuelle est fait sur la plateforme eSheperd de Gallagher.
Avant que la vache atteigne la clôture virtuelle, un son est émis. Si elle continue d’avancer, elle aura un choc électrique comme s’il y avait un fil électrique.
Marie-Pier Beaulieu explique que lorsqu’elle reçoit un choc électrique, la vache a le choix entre reculer et avancer. « C’est pour ça que si les animaux sont déjà habitués aux fils électriques, ils ont déjà le réflexe de reculer », dit-elle.
Avec l’application mobile, elle sait quelle vache a eu combien de signaux sonores ou de chocs électriques. En général, les animaux n’ont eu besoin que d’environ trois jours pour être entraînées.
« C’est surprenant comment la majorité des vaches ne veulent pas se rendre au choc. Elles arrêtent au bip », explique Marie-Pier Beaulieu.
Elle explique que ce système est prévu pour des vaches qui marchent, ce qui est habituellement le cas. Toutefois, les vaches qui courent ont le temps de traverser la ligne avant de s’arrêter lorsqu’elles reçoivent le choc.

La Ferme Simpson est une ferme bovine pour la participation des veaux à des rodéos. Ce sont des races exotiques sportives, des Corriente et des Longhorn. C’est donc plus problématique parce qu’elles courent plus que les races habituelles.
Lorsqu’une vache traverse la clôture virtuelle, il faut la ramener dans l’enclos virtuel. Or, en raison du réseau cellulaire et informatique utilisé, il faut 30 minutes lors d’un changement de clôture. Cela complique la situation.
« Donc, c’est un rythme de travail différent et il faut y penser », dit Marie-Pier Beaulieu.
À l’occasion, elle a dû utiliser un moulinet pour déplacer les animaux.
Un autre élément négatif a été de constater que les veaux qui n’ont pas de collier ont plus tendance à sortir de la parcelle parce qu’elle a un petit troupeau et donc de petites parcelles.
Les plus et les moins
Il ne faut pas en déduire que Marie-Pier Beaulieu n’a pas aimé son expérience, au contraire. Elle a hâte de les tester davantage au printemps. Elle sait déjà ce qu’elle va surveiller.
Elle a adoré de pouvoir suivre ses animaux sur son application mobile lors de son séjour au Nouveau-Brunswick.
« C’était fascinant, dit-elle. J’étais capable de dire si mon fils les avait changés de pâturage ou encore s’il leur avait donné une balle de foin ou plus grand de pâturage. »
Elle a aussi découvert qu’il est intéressant de pouvoir programmer le changement de pâturage du lendemain, même si elle visite ses champs tous les jours. Si elle retardait sa visite au champ, les animaux avaient eu une nouvelle parcelle au bon moment.
Elle a cependant découvert après l’installation qu’il y avait des verrous de sécurité à installer sur les colliers et que certaines vaches ont par conséquent perdu le collier. C’était pourtant inscrit dans les instructions « en petits caractères », mais elle avait demandé à son fils d’installer les colliers sans les lire. Heureusement, ils les ont retrouvés dans une boîte et les ont installés.
Selon Marie-Pier Beaulieu, les colliers virtuels sont plus intéressants pour des troupeaux plus gros que le sien avec des animaux plus gros et qui ont donc besoin de plus grandes parcelles. Elle pense aussi que dans des pâturages moins performants que les siens du Centre-du-Québec, c’est plus intéressant. Le gain de temps et donc le retour sur l’investissement sont moins grands pour elle.
Manque de ressources
Le gros point négatif selon Marie-Pier Beaulieu, c’est le manque de ressources pour les éleveurs. Travaillant pour le Conseil québécois des plantes fourragères et ayant à cœur la cause des pâturages, elle se fait beaucoup appeler. Mais il n’est pas question pour elle de vendre des colliers.
Nous avons contacté Gallagher pour en apprendre davantage sur le service offert. C’est Thomas Alexander basé en Colombie-Britannique qui a répondu à nos questions. Il comprend le français parce qu’il a étudié dans une école d’immersion lorsqu’il était jeune, mais n’est pas à l’aise de le parler. L’entrevue s’est donc déroulée en anglais.
Il explique que la raison principale pourquoi les colliers virtuels ne sont pas vendus par la même équipe que les autres équipements de pâturage, c’est qu’il s’agit d’une acquisition faite par Gallagher.
Autre élément, l’utilisation de colliers virtuels nécessite des explications. Ils ne peuvent pas se vendre directement sur des tablettes d’un magasin comme des piquets ou des fils électriques.
Les colliers eShepherd ont été installés pour la première fois au Canada sur deux fermes en 2024, en Colombie-Britannique et en Ontario. Depuis, plusieurs fermes en ont installés, surtout dans ces deux provinces (40 en Ontario, 30 en Colombie-Britannique), mais aussi dans les Prairies (20 en Alberta, 10 en Saskatchewan, 2 au Manitoba) et dans les Maritimes (6). Il y a même un troupeau au Yukon. Marie-Pier Beaulieu dit qu’elle est la première à en avoir au Québec, mais qu’au moins un producteur laitier prévoit en utiliser ce printemps.
Thomas Alexander explique que la plate-forme et l’application peuvent être configurés dans la langue de son choix, y compris le français. Les colliers virtuels sont principalement utilisés en production vache-veau et laitière.
Pour ce qui est du service, c’est lui qui l’offre pour le moment. Il dit pouvoir répondre aux courriels en français. Il est capable de comprendre le français parlé, mais n’est pas à l’aise de la parler. Ses coordonnées sont sur cette page du site de Gallagher où l’on trouve aussi des informations sur le produit.
Il ajoute que Gallagher est à la recherche de distributeurs qui pourront à la fois vendre le produit et offrir le service. « Nous sommes à quelques mois de cela », dit-il.
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