OGM : le bras de fer entre les États-Unis et l’UE se déplace à Kuala Lumpur

Paris (France), 9 février 2004 – Le bras de fer opposant États-Unis et Union européenne sur les OGM devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se déplace momentanément à Kuala Lumpur où s’ouvre lundi pour trois semaines une conférence de l’ONU sur la « biodiversité ».

La conférence est consacrée à la préservation des multiples gènes, bactéries, espèces animales et végétales qui constituent la diversité du vivant (« diversité biologique »).

Hauts fonctionnaires, épaulés brièvement par les ministres de l’Environnement de la planète (18-19 février), examinent l’application d’une Convention non contraignante de l’ONU (1992), notamment l’augmentation des « aires protégées » (réserves naturelles, parcs nationaux et autres sites à exploitation économique limitée) et un meilleur partage des bénéfices tirés de l’exploitation des forêts tropicales entre pays du Nord et du Sud.

La troisième semaine, ils feront pour la première fois officiellement le point sur le Protocole sur la biosécurité, qui réglemente les échanges internationaux d’OGM (Organismes génétiquement modifiés) et constitue, jusqu’à maintenant, le seul accord juridiquement contraignant issu de la Convention.

Le Protocole, conclu en janvier 2000, est entré en vigueur en septembre dernier. Les trois plus gros exportateurs d’OGM, Etats-Unis, Canada et Argentine, ont participé à son élaboration mais ne l’ont pas ratifié. Ils seront néanmoins très présents à Kuala Lumpur en qualité d’« observateurs ».

Les États-Unis ont attaqué l’UE l’année dernière devant l’OMC pour avoir suspendu depuis 1999 l’importation de nouveaux OGM destinés à être commercialisés. Ils envoient officiellement un secrétaire d’Etat adjoint, Claudia McMurray, et « une trentaine » de hauts fonctionnaires à Kuala Lumpur.

Quatre grands points, abordés informellement dès la fin de la semaine prochaine, sont à l’ordre du jour sur le Protocole. L’un est technique, le montage d’une banque de données internationale sur les biotechnologies où figureront les demandes d’exportation de nouveaux OGM.

La discussion la plus épineuse portera sur le contenu des documents à remplir par les exportateurs de « matières premières agricoles » transgéniques (produits directement commercialisables ou destinés à être transformés).

Les Américains et leurs alliés veulent une documentation et un étiquetage minimum. L’UE est favorable à une réglementation plus stricte. La majorité du G-77 (pays en développement) et le Japon penchent du côté européen.

Deux autres points tout aussi controversés feront l’objet de passes d’armes: responsabilité civile et indemnisation (qui sera responsable et qui paiera en cas de contamination d’une culture traditionnelle par une culture OGM) et respect des obligations (création d’une Commission de surveillance).

Des milliards de dollars sont en jeu dans la bataille de l’étiquetage des matières premières agricoles.

Le commerce international des OGM agricoles (maïs, soja, colza, riz et coton) concerne en effet surtout ces produits et beaucoup moins les semences, selon des experts gouvernementaux européens. Sa valeur totale a été évaluée à 4,5 milliards de dollars en 2003 par l’ISAAA, une association américaine spécialisée.

Source : AFP

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