Paris et Berlin prêts à des concessions en matière agricole

Bruxelles (France), 8 mars 2001 – La France et l’Allemagne sont déterminées à aplanir leurs divergences sur l’avenir de la Politique agricole commune (PAC) dans les prochains mois afin d’éviter un affrontement à haut risque politique sur ce dossier.

Paris et Berlin ont décidé de traiter leur différend agricole par la négociation et une solution paraît désormais possible, ont souligné jeudi des diplomates des deux pays.

Ce dossier figurait déjà en première place dans l’ordre du jour de la réunion au sommet entre Jacques Chirac et Gerhard Schroeder, le 31 janvier dernier à Blaesheim, en Alsace.

Il a également été évoqué jeudi à Paris lors de la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères allemand et français, Joschka Fischer et Hubert Védrine.

Les « techniciens » se mettront au travail dès le 13 mars, lorsque le ministre français de l’Agriculture, Jean Glavany, verra son homologue allemande, l’écologiste Renate Künast, avant de revenir sur la table d’un sommet franco-allemand le 20 mars.

C’est qu’il y a urgence à désamorcer les tensions sur un dossier qui a toujours provoqué des tiraillements entre Paris et Bonn, dont les intérêts agricoles sont aux antipodes.

A Berlin, en mars 1999, Gerhard Schroeder et Jacques Chirac s’étaient violemment affrontés sur la réforme de la PAC avant de parvenir à un compromis valable de 2000 à 2006.

L’Allemagne prônait un co-financement de l’Europe verte par les Etats membres qui, selon la France, aurait entraîné sa mort; Paris défendait une réduction des aides en fonction de la taille des exploitations que Berlin rejetait farouchement.

Pas de psychodrame

Pas question, pour les deux pays, de répéter ce psychodrame qui a laissé des traces dans la relation franco-allemande.

« Il faut trouver un terrain d’entente sur la réforme de la PAC pour éviter la répétition de Berlin », a dit un diplomate.

« Il est très important de ne pas se retrouver en position d’ennemis », a renchéri un de ses homologues d’Outre-Rhin.

Mais la tâche demandera des concessions réciproques d’importance avant de parvenir à un compromis qui, les experts européens n’en doutent pas, s’imposera à tous les autres Etats membres comme la base d’un accord global.

L’apparition des premières « vaches folles » en Allemagne, qui se croyait épargnée par l’épizootie, a agi comme un électro-choc dans un pays rallié jusqu’à présent à l’agriculture intensive.

Gerhard Schroeder a remplacé son ministre de l’Agriculture, Karl-Heinz Funcke, issu du syndicalisme agricole allemand comme tous ses prédécesseurs, par une “verte” qui veut tout changer.

« Il nous faut une nouvelle politique agricole », martèle-t-elle devant les autres ministres, et ce avant même la « révision à mi-parcours » de l’Agenda 2000, prévue en 2002-2003.

Et de proposer des mesures comme la supression des achats publics de produits alimentaires et une baisse des prix importante au profit d’une agriculture verte et extensive.

Fidèle à ses habitudes, Jacques Chirac a réagi en défendant la PAC, pré-carré de la France dans l’Union européenne.

« Naturellement, nous considérons qu’aucune modification ne peut être apportée jusqu’en 2006 », a- t-il déclaré le 27 février.

Conscient du caractère intenable d’une telle position, le gouvernement français a entamé une courbe rentrante qui s’est traduite jeudi par une interview de Jean Glavany aux Echos, même si le mot “réforme” reste tabou en période pré-électorale.

Les choses bougent

« Certaines des crises qui surviennent montrent la nécessité d’une réorientation de la Politique agricole commune », a déclaré le ministre, pour qui celle-ci est « plus nécessaire que jamais ».

Jean Glavany a estimé que la rencontre franco-allemande du 13 mars serait l’occasion de « s’attaquer aux problèmes de fond et essayer de trouver des convergences » avant d’ajouter: « Il n’y a rien dans nos divergences qui ne soit insurmontable ».

La France peut sans risque faire preuve de bonne volonté.

Elle dispose en effet de l’appui de bon nombre d’Etats membres et, surtout, de la Commission européenne, pour faire évoluer la PAC en douceur dans les prochaines années.

« Il est absurde de faire des propositions spectaculaires qui n’ont aucune chance d’aboutir », souligne- t-on dans l’entourage du commissaire européen à l’Agriculture, en référence aux suggestions révolutionnaires de Renate Künast.

Franz Fischler s’en est d’ailleurs pris aux caricatures.

« Environ 70% des dépenses agricoles vont maintenant directement aux exploitants, alors qu’en 1991 encore 90% du budget agricole de l’UE était absorbé par les restitutions à l’exportation et les achats à l’intervention », a-t-il déclaré à la foire agricole de Vérone.

Jean Glavany a pour sa part beau jeu de pointer du doigt l’Allemagne qui, contrairement à la France, n’utilise pas la « modulation », qui permet aux Etats membres de réduire de 20% les aides aux plus gros exploitants afin de dégager des fonds pour financer des cultures respectueuses de l’environnement.

Berlin semble également prêt à des concessions.

Les deux priorités dans le court terme sont la modulation des aides et leur dégressivité, souligne un diplomate, utilisant un mot jusqu’à présent tabou.

Source : Reuters

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