Peu d’agriculture dans le Plan pour une économie verte

Attendu depuis plusieurs mois, mais retardé en partie en raison de la pandémie, le Plan pour une économie verte (PEV) a enfin été dévoilé par le gouvernement québécois. L’électrification des transports retient une bonne partie des investissements de 6,7 G$ prévus dans les cinq prochaines années, soit 3,6 G$. Il est aussi question de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels, aider le secteur industriel à réduire son empreinte carbone et adopter des mesures d’adaptation aux changements climatiques.

Le Plan pour une économie verte parle cependant peu d’initiatives tournées vers l’agriculture qui serait la cause de 10% des GES. Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, le professeur Jérôme Dupras, s’est d’ailleurs dit déçu des propositions rassemblées dans le PEV présenté aujourd’hui par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Selon lui, en plus de n’atteindre que 40% des objectifs de réduction de GES d’ici 10 ans, le PEV se concentre davantage sur le développement économique que sur le climat et la protection de la nature.

“Parmi toutes les solutions ignorées, on retrouve les solutions naturelles. À l’échelle mondiale, près du tiers des efforts requis pour l’atténuation des changements climatiques et pour limiter la hausse globale des températures à 2°C degrés d’ici 2030 passent par des solutions basées sur la nature, soit la protection et la restauration de milieux naturels pour stocker le carbone. En ce qui a trait à la séquestration du carbone, ces mesures sont considérées comme étant plus économiques (jusqu’à 10 fois moins onéreuses) et efficaces que les nouvelles technologies”, avance M. Dupras.

Il semble toutefois que les groupes de travail mandatés par le ministère de l’Environnement pour préparer le plan s’étaient montrés plus ambitieux sur le plan agricole, rapporte Radio-Canada. Des gens d’horizons très diversifiés étaient représentés dans ces groupes, comme des experts, des gens du milieux des affaires et des groupes environnementaux.

Parmi les idées écartées se trouve l’objectif de hausser l’autosuffisance alimentaire à 50% par rapport à actuellement 35%. Le PEV dit vouloir renforcer l’achat local, les circuits courts et la valorisation des produits de proximité.

Les groupes de travail auraient également souhaité voir figurer dans le PEV la préservation des terres agricoles en ne permettant aucune perte nette de superficie entre 2020 et 2030. Le plan indique révisera son approche relative à l’aménagement durable du territoire  en préservant les terres agricoles.

La question de l’alimentation avait aussi été abordée dans le rapport, mais le PEV n’en fait pas mention. L’objectif des groupes de travail était de voir la moitié des Québécois intégrer les protéines végétales dans leur diète quotidienne d’ici dix ans.

Le MAPAQ a lui-même présenté son Plan vert à la fin octobre. Ses objectifs, qui comprennent la réduction des pesticides et l’amélioration de la santé des sols, sont cités dans le PEV. Le plan du MAPAQ aussi étalé sur dix ans vise également à améliorer la gestion des matières fertilisantes, optimiser la gestion de l’eau et améliorer la biodiversité.

Des indicateurs clés à portée nationale permettront de mesurer le degré d’atteinte des objectifs du Plan :

  • Réduction de 500 000 kilogrammes des pesticides de synthèse vendus.
  • Usage des pesticides – Réduction de 40 % des risques pour la santé et l’environnement.
  • 75 % des superficies cultivées seront couvertes en hiver par des cultures ou par des résidus de cultures.
  • 85 % des sols agricoles auront un pourcentage de matière organique de 4 % et plus.
  • Réduction de 15 % des apports de matières fertilisantes azotées sur les superficies en culture.
  • Amélioration de l’indice de santé benthos des cours d’eau dégradés d’une classe ou de 15 unités.
  • Réduction de 15 % de la concentration en phosphore total des cours d’eau.
  • Doubler les superficies agricoles aménagées (bandes riveraines élargies et haies brise-vent) favorables à la biodiversité.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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