Prions: Une large étude du bétail nécessaire, selon des chercheurs américains

Washington (États-Unis), 18 mars 2002 – Des chercheurs américains ont découvert que les prions peuvent se concentrer dans les muscles de la souris, les poussant à appeler d’urgence à l’étude du tissu musculaire du bétail pour déterminer les risques de contamination par ces protéines responsables de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et son nouveau variant, la forme humaine de la vache folle.

Si le même constat était fait sur les tissus musculaires du boeuf ou du mouton, la découverte remettrait en cause la théorie actuelle selon laquelle seuls les tissus cérébraux et lymphatiques du bétail sont potentiellement contaminants.

Le professeur Stanley Prusiner, prix Nobel de médecine pour ses découvertes sur les prions, a publié mardi dans les comptes rendus de l’Académie des sciences américaine une étude montrant la présence de l’agent infectieux dans certains muscles de souris infectées de manière expérimentale.

Le Pr Prusiner et son équipe de l’université de Californie (San Francisco) ont établi que des souris ayant reçu des injections intramusculaires de tissus cérébraux de souris ou hamster infectés ont accumulé des doses importantes de prions dans différents muscles, particulièrement dans les pattes arrières.

Partant de ce constat, les chercheurs appellent « d’urgence » à une large étude du bétail touché par les maladies à prions pour déterminer la possibilité d’une concentration de prions dans les tissus musculaires de ces animaux.

« Nos découvertes indiquent qu’un effort large et systématique pour déterminer la distribution des prions au sein du muscle squelettique des animaux porteurs de maladie à prions est nécessaire d’urgence », écrivent les auteurs de l’étude en soulignant que « le muscle de souris peut propager des prions et accumuler une quantité substantielle de ces pathogènes ».

La plus haute concentration de prions a été détectée dans les pattes arrières de la souris. En revanche, une faible concentration a été notée dans le foie.

Des études approfondies seront nécessaires pour déterminer si les prions peuvent se concentrer dans les muscles d’autres animaux et si la consommation par l’homme de tissu musculaire infecté peut transmettre la maladie, soulignent les auteurs.

« Etant donné qu’une exposition significative aux prions peut survenir par la consommation de viande, même largement dépourvue de tissus cérébraux ou lymphatiques, un large effort pour cartographier la répartition des prions dans le muscle du bétail infecté est nécessaire », écrivent encore les auteurs.

L’ingestion est généralement un mode de transmission peu efficace des maladies à prions, comparée à l’injection de tissus infectés et toutes les variétés de prions ne peuvent se transmettre entre les espèces, rappellent cependant les chercheurs.

En France, les autorités sanitaires ont immédiatement réagi à ces travaux en annonçant qu’elles allaient procéder « rapidement » à des tests sur différents muscles de carcasses de bovins contaminés, pour déterminer s’ils sont susceptibles d’être contaminants.

« On devrait avoir une première idée d’ici quelques jours », a déclaré le Pr Marc Eloit, président du comité d’experts spécialisés des encéphalopathies spongiformes transmissibles de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).

« Il est cependant trop tôt pour dire si les résultats de Prusiner peuvent être extrapolés aux animaux destinés à la consommation humaine », ajoute-t-on à l’Afssa. « Dans aucun autre modèle d’encéphalopathie spongiforme transmissible, on a la notion que le tissu musculaire soit infectieux », a encore commenté Marc Eloit en qualifiant de « surprenants » les résultats du Pr Prusiner.

Les maladies neurodégénératives regroupent la maladie de la vache folle (ESB ou encéphalopathie spongiforme bovine), la tremblante du mouton et diverses maladies humaines dont celle de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) et son nouveau variant, la forme humaine de la vache folle attribuée à la consommation de bovin contaminé (notamment de cervelle).

« Le plus possible de muscles seront testés », a-t-on précisé à l’Afssa. Les expériences de l’Américain montrent en effet une inégale répartition de l’infectiosité dans les muscles.

Il s’agit de faire des « tests rapides (Elisa et Western Blot) » sur la viande (muscles) de bovins écartés de la chaîne alimentaire parce que leur cervelle avait été décelée positive aux tests, a précisé Marc Eloit.

Les travaux de Prusiner ouvrent également la possibilité de tests diagnostics de la maladie humaine par biopsie (prélèvement) musculaire qui permettrait d’éviter de recourir à la biopsie cérébrale du vivant du malade chez des sujets n’ayant plus d’amygdales pour effectuer des premiers tests.

Source : AFP

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