Risque de pénurie d’eau en 2025 : cri d’alarme d’un institut de recherche

Washington (États-Unis), 16 octobre 2002 – D’ici 2025 l’humanité risque une pénurie d’eau et donc des problèmes dramatiques de santé et de production agricole, si l’actuel gaspillage et la mauvaise gestion de cette ressource naturelle se poursuivent, a affirmé mercredi l’Institut international de recherche sur l’alimentation.

« En 2025 la consommation d’eau des ménages, de l’industrie et des éleveurs de bétail augmentera de 62% par rapport à 1995 (…) Y aura-t-il alors suffisamment d’eau pour produire de la nourriture pour les 8 milliards d’habitants qui devraient peupler la terre à ce moment là? », s’interroge l’IFPRI.

L’institut, basé à Washington et qui a publié cet été des prévisions semblables sur l’alimentation, a établi, par ordinateur, trois scénarios possibles pour 2025:

  • le « business as usual scenario »: ce qui arrivera si l’on poursuit sur la voie actuelle,
  • le scénario de crise : dégradation de la situation actuelle sans remèdes appropriés,
  • le scénario de gestion durable de l’eau, associant protection de l’environnement et approvisionnement suffisant et équilibré des ménages, de l’agriculture et de l’industrie.

    Si rien ne change d’ici 2025, la consommation d’eau des foyers va augmenter de 71% en raison de la croissance de la population, essentiellement dans les pays en voie de développement. L’eau utilisée pour l’irrigation des terres agricoles et l’élevage devrait également augmenter alors que la demande industrielle devrait pouvoir être limitée grâce aux progrès technologiques en cours.

    En revanche, l’accroissement de la population dans les pays en développement y entraînera une hausse de la production agricole qui, si elle n’est pas modernisée, risque de se traduire par une baisse de rendement et donc de revenus aggravant encore la pauvreté de certaines régions déjà durement frappées à l’heure actuelle.

    Aussi ces pays auront tendance à recourir à des importations de produits alimentaires plus importantes, pour économiser l’eau dans l’agriculture, passant de 107 millions de tonnes en 1995 à 245 millions en 2025. En revanche cela ne sera viable que si leur économie est croissante et rapporte suffisamment de devises pour payer ces importations.

    Dans le scénario de crise, les prix de l’eau grimpent imanquablement en raison d’une mauvaise gestion de la distribution et de la dégradation des infrastructures qui engendrent à leur tour des dommages à l’environnement.

    Ce scénario prévoit aussi une chute de la productivité agricole, représentant la perte d’une année de récolte céréalière de l’Inde par exemple, et donc une hausse des prix de l’alimentation (+40% pour le riz, +80 % pour le blé et près de 120% de plus pour le maïs).

    Selon ce scénario, avertit le rapport, « les problèmes de malnutrition vont considérablement augmenter puisque les populations les plus pauvres devront consacrer plus de la moitié de leurs revenus à l’achat de nourriture ».

    Enfin, le troisième scénario qui prône l’utilisation raisonnable de l’eau conduirait à une hausse spectaculaire des quantités d’eau consacrées à l’environnement tout en instaurant le raccordement de tous les foyers en milieu urbain à l’eau courante dans le monde et en maintenant la production alimentaire à des niveaux acceptables.

    La hausse des prix engendrée serait compensée pour les plus démunis par des subventions et devrait inciter les industriels à investir dans des systèmes sophistiqués de recyclage. Les agriculteurs pourraient bénéficier d’avantages fiscaux notamment s’ils économisent l’eau et investissent dans des méthodes plus respectueuses des nappes phréatiques. Grâce aux nouvelles technologies, les réserves d’eau pourraient être améliorées.

    En adoptant une gestion durable et équitable de l’eau tenant compte des besoins de tous, « on pourra consacrer à l’environnement chaque année l’équivalent de cinq fois le débit annuel du Mississipi », souligne le rapport.

    Source : AFP

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