Santé Canada a ignoré des mises en garde au sujet de la vache folle

Ottawa (Ontario), 11 février 2004 – Des scientifiques du ministère fédéral de la Santé ont averti leurs supérieurs que les mesures prises pour contrer la maladie de la vache folle étaient insuffisantes, mais le ministère n’a pas pris en considération leur mise en garde, a appris la Presse Canadienne.

Les scientifiques ont aussi été prévenus de ne pas exprimer leur point de vue publiquement.

Des notes de services acheminées à l’intérieur du ministère démontrent de profondes divergences quant aux mesures à prendre après la découverte au Canada d’un premier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Dans un mémo, la scientifique Margaret Haydon, qui avait reçu l’appui de ses collègues Shiv Chopra et Gérard Lambert, rejette les affirmations selon lesquelles le cas d’ESB détecté en Alberta serait un incident isolé.

« L’ESB est présent au Canada et la maladie est ici pour de bon, tel que reconnu par l’Agence canadienne d’inspection des aliments et par d’autres organismes », a écrit Mme Haydon à Karen Dodds, directrice générale de la Direction des aliments à Santé Canada.

La note a été écrite par Mme Haydon après une rencontre qui s’est tenue le 13 juin 2003, où des représentants ont abordé la question du premier cas de vache folle identifié dans le cheptel canadien. La scientifique a indiqué que les mesures proposées lors de la rencontre, dont le prélèvement de la moëlle épinière et de la cervelle des animaux abattus, étaient insuffisantes pour protéger la santé publique.

« Ces mesures ne permettent pas de contrer une maladie mortelle pour les humains autant que pour les animaux », indiquait le mémo de Mme Haydon.

La cervelle et la moëlle épinière, aussi appelés matières à risque, sont les plus susceptibles de contenir les prions à l’origine de la maladie de la vache folle. Mais les scientifiques affirment que les prions peuvent aussi se retrouver dans le sang, dans les muscles et dans d’autres matières exposées à la cervelle et à la moëlle épinière.

Dans sa note de service, Mme Haydon soutenait que la seule façon d’empêcher efficacement une épidémie d’ESB serait d’interdire complètement l’utilisation de parties d’animaux morts ou abattus dans la fabrication de nourriture destinée au bétail.

« A notre avis, a écrit la scientifique, il s’agit de la seule décision qui protégera la santé publique, en plus de soutenir l’industrie de la viande et de rétablir la confiance des consommateurs et de la communauté internationale. »

Dans sa réponse au mémo, Mme Dodds a nié que la maladie de la vache folle était au Canada « pour de bon », affirmant que les mesures en place étaient « efficaces pour empêcher sa propagation ». La directrice générale au ministère fédéral de la Santé indiquait aussi que l’utilisation de parties d’animaux dans la nourriture destinée au bétail ne serait interdite qu’en s’appuyant sur « un avis scientifique et non sur la base d’une simple opinion ». Mme Dodds a aussi reproché à Mme Haydon d’avoir envoyé son message à une personne n’appartenant pas au ministère.

Depuis cet échange, Santé Canada a introduit une réglementation qui oblige le prélèvement de la moëlle épinière et de la cervelle sur le bétail abattu. La Canada autorise toutefois les farines contenant des matières provenant de porcs et de poulets, ce qui, selon certains, n’élimine pas les risques de contamination.

L’Union européenne a pour sa part interdit l’utilisation de toute protéine animale dans la fabrication de nourriture destinée au bétail.

Source : PC

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Santé Canada
http://www.hc-sc.gc.ca

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