Soya : pas de potasse, pas de rendement

Avec les prix des grains qui tardent à remonter et ceux des engrais qui demeurent élevés, vous êtes tenté de couper dans la potasse? Voici l’histoire d’un producteur qui a perdu beaucoup de rendement de son soya en faisant ce choix.

Le producteur Paul Caplette, au Rendez-vous végétal 2015. PHOTO : André Dumont

Le producteur Paul Caplette, au Rendez-vous végétal 2015. PHOTO : André Dumont

Invité au Rendez-vous végétal, en février dernier, Paul Caplette a raconté comment sa famille et lui ont cessé d’appliquer de la potasse à partir de 1990, afin de réduire les coûts de production. Les prix des grains traversaient alors un long creux.

« De 1990 à 1999, nous n’avons vu aucune différence. Nos rendements de soya étaient encore bons. Même que nos rendements de maïs s’amélioraient. Nous croyions être sur le bon chemin », a confié ce producteur de Saint-Robert, près de Sorel.

À partir du début des années 2000, les rendements de soya stagnaient et tendaient même à diminuer. Les propriétaires de la ferme Céréales Bellevue décident d’accorder plus d’attention à cette culture : ils corrigent des carences en manganèse avec des applications foliaires, ils choisissent d’autres variétés et envisagent même laisser le semis direct pour revenir au travail de sol conventionnel.

Pour stimuler les rendements de soya, ils ajoutent des inoculants, s’équipent d’un planteur de précision, devancent leurs dates de semis et améliorent leur contrôle des mauvaises herbes.

Rien n’y fait. Les augmentations de rendement sont minimes. Les moyennes annuelles oscillent entre 2,2 et 2,8 tm/ha, avec des pointes à 3,2 tm/ha.

Tout ce temps-là, les analyses de sol démontrent une baisse des niveaux de potasse. « On ne s’en occupait pas, reconnait Paul Caplette. On commençait à se dire qu’on était bon dans le maïs, mais pourri dans le soya. »

Un jour, les analyses de sol aboutissent sur le bureau d’un agronome qui lui avait enseigné à l’ITA de Saint-Hyacinthe. « Je me demande où tu étais, Paul, quand on a donné le cours de fertilisation 101, lui dit-il. La potasse, ce n’est pas un élément mineur! T’as vraiment un problème avec tes sols. »

Correctifs

Le doigt avait été mis sur le bobo. Au printemps 2008, la potasse est de retour. D’abord à la volée avant le semis, puis une autre application à l’automne sur tous les champs prévus en soya pour l’année suivante. Des bandes témoins sont laissées sans potasse, pour mesurer la différence.

Dès 2008 et 2009, les rendements de soya sont à la hausse. La potasse se vend 1000 $ la tonne, mais l’investissement demeure rentable.

Les rendements de soya passent d’en moyenne 2,5 tm/ha (2003 à 2009), à 3,1 tm/ha (2010 à 2014), avec des pointes à 4,5 tm/ha; cela malgré 30 % de superficie en soya natto.

Les apports de potasse sont complétés par de la chaux potassique à chaque fois qu’une correction du pH s’impose. Il faudra cinq ans pour revenir au niveau de potasse de 1990, à coups d’environ 35 000 $ par année.

Cela représente des frais additionnels de 90 $/ha. Mais avec des rendements supérieurs d’environ 600 kg/ha, Paul Caplette calcule que ces apports de potasse sont responsables d’une augmentation de 20 000 $ des revenus nets de la ferme.

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