Étude sur le transfert de la ferme familiale

Ottawa (Ontario), 2 juillet 2002 – Plusieurs agriculteurs canadiens approchent l’âge de la retraite. Si vous avez plus de 55 ans, il est temps de vous demander si vous avez trouvé la personne qu’il faut pour prendre la relève de votre exploitation agricole. Le successeur que vous avez choisi paie-t-il des comptes ou le laissez-vous
simplement accomplir les tâches matinales ? Bref, si vous avez trouvé un
successeur, le traitez-vous comme un employé saisonnier ou comme un
partenaire ?

Voilà quelques-unes des questions abordées dans une étude internationale sur

le transfert de la ferme familiale à laquelle ont participé 4 000
producteurs de l’Angleterre, de la France, du Canada et des États-Unis. M.
Andrew Errington, de l’Université de Plymouth, a présenté les résultats de
son étude à la Conférence nationale sur le transfert de la ferme familiale,
qui a eu lieu à Winnipeg en mai dernier. Le Conseil canadien de la gestion
d’entreprise agricole (CCGEA), en collaboration avec d’autres
commanditaires, dont Financement agricole Canada (FAC), a organisé la
conférence afin d’étudier la question du transfert de la ferme familiale de
tous les points de vue, notamment financier, social et émotif.

Qui prendra la ferme en main ?

Après avoir identifié un successeur, les familles agricoles peuvent
planifier la relève comme dans toute autre entreprise. Il s’agit de la
garder sur la bonne voie afin de transférer une entreprise solide à la
prochaine génération.

L’étude de M. Errington a relevé des différences significatives entre le
niveau de planification entrepris par les producteurs des quatre pays. En
Angleterre, environ 50 pour cent des répondants avaient déjà trouvé un
successeur, comparativement à 40 pour cent en Ontario et au Québec et à 30
pour cent en France et dans l’état de l’Iowa. Si l’on considère le nombre
de jeunes agriculteurs aptes à travailler, il est à se demander pourquoi les
chiffres au Canada sont inférieurs aux chiffres en Angleterre. Cela
s’explique peut-être par le fait que les Québécois sont un peu plus jeunes
et qu’ils sont plus susceptibles d’être en train de terminer des études
postsecondaires, alors que les jeunes ontariens ont pris un « détour
professionnel » en tenant un emploi rémunéré non agricole.

Je m’occuperai de ça en temps et lieu !

À l’approche de l’âge de la retraite, les agriculteurs commencent à chercher
un successeur pour leur exploitation. L’étude indique clairement que la
proportion d’agriculteurs canadiens, anglais et français qui ont identifié
un successeur, augmente avec l’âge. Cependant, les agriculteurs de l’Iowa
font exception à cette règle. L’étude de M. Errington indique qu’une
proportion élevée d’agriculteurs de l’Iowa, âgés entre 60 et 69 ans,
n’avaient pas encore trouvé de successeur.

Après avoir identifié un successeur, il faut encore transférer la ferme.
Les sommes investies dans les bâtiments, la machinerie, les quotas et les
terres se révèlent souvent être une trop grande responsabilité financière
pour les membres de la prochaine génération. Il faut un plan et il ne faut
pas attendre à la dernière minute pour le mettre en oeuvre puisqu’il faut
compter environ trois à cinq ans pour réussir un transfert. Alors, comment
les producteurs arrivent-ils à réussir le transfert de leur entreprise ?

En Amérique du Nord, les producteurs sont plus susceptibles de prendre un «
détour professionnel » en travaillant dans une autre entreprise agricole ou
dans une entreprise non agricole avant de prendre le contrôle de la ferme.
En Angleterre, les producteurs ont tendance à travailler avec la génération
qui les précède pendant plus longtemps avant de prendre le contrôle de la
ferme.

En Angleterre et au Canada, une proportion importante de successeurs dirige
une autre entreprise à partir de la ferme. La possibilité de prendre de
l’expérience est une occasion unique pour les producteurs débutants de
gagner un revenu supplémentaire et de perfectionner de nouvelles compétences
et approches tout en mettant leur savoir-faire à l’épreuve dans un milieu où
les erreurs sont pardonnables.

Le transfert de la ferme familiale : un audacieux trajet !

Le transfert de la ferme familiale peut faire penser à la conduite d’un
chariot à toute vitesse. D’abord, le chariot avance, le père ayant les
rênes fermement en main. Ensuite, le successeur vient prendre place aux
côtés de son père tandis que le chariot poursuit sa course. Le processus de
transfert est complété lorsque le successeur a toutes les rênes en main.
Ensemble, comment feront-ils pour s’assurer que l’entreprise familiale
tienne la route ?

Dans les quatre pays, lorsque les membres de différentes générations
travaillent de pair, le transfert des responsabilités, comme les
responsabilités techniques, les décisions tactiques à court terme ou le
contrôle financier de l’entreprise, semble être plus graduel.

Il est possible de tirer des conclusions significatives de cette situation.
Nous savons que les entreprises agricoles dépendent de plus en plus sur les
compétences en gestion. Or, c’est après avoir complété des études à temps
plein qu’un successeur est en mesure de perfectionner ses compétences en
gestion financière. Le successeur mal préparé, qui a travaillé seulement
comme travailleur saisonnier, peut représenter une menace à la survie de
l’entreprise agricole familiale.

La manière de faire passer le contrôle de l’entreprise d’une génération à
l’autre est à peu près la même dans les quatre pays, mais la vitesse du
transfert varie sensiblement d’un pays à l’autre. Les agriculteurs anglais
ont tendance à être plus âgés que leurs homologues français ou canadiens, et
les membres de la génération montante ne participent pas, ou très peu, au
processus de prise de décision, ce qui représente une sous-utilisation des
ressources humaines de l’entreprise.

Il peut s’avérer difficile de donner les rênes à la prochaine génération,
mais il vaut mieux le faire pendant que le chariot tient bien la route.
Beaucoup d’agriculteurs ont l’impression d’abandonner une partie de leur vie
en cédant le contrôle de la ferme familiale. Mais en identifiant un
successeur et en travaillant avec lui dès le début du processus, ils peuvent
assurer le succès futur de l’entreprise.

Un agriculteur à la retraite reste un agriculteur, et pour citer l’un d’eux
: « Je prends encore le tracteur pour aller voir l’état des terres, mais si
le tracteur tombe en panne, ce n’est pas moi qui le répare. Après tout, ce
n’est plus moi qui mène ! »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Conseil canadien de la gestion d’entreprise agricole (CCGEA)

http://www.cfbmc.com/

Financement agricole Canada (FAC)

http://www.fcc-sca.ca/

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