Un gène de superbactérie cause de l’inquiétude

Des chercheurs ont annoncé le 18 novembre dernier qu’un nouveau gène rendant certaines bactéries extrêmement résistantes à des antibiotiques de dernier recours a été identifié en Chine, chez des animaux et au sein de la population. Ce gène a également été découvert dans des échantillons de bactéries potentiellement épidémiques.

Les scientifiques qualifient cette découverte « d’alarmante » et prônent une restriction urgente des polymyxines, une classe d’antibiotiques dont la colistine fait partie et qui est largement utilisée dans les fermes d’élevage. « Il faut minimiser le recours aux polymyxines le plus rapidement possible et il faut cesser toute utilisation non nécessaire », a déclaré Laura Piddock, professeure de microbiologie à l’université de Birmingham, au Royaume-Uni.

C’est une équipe de chercheurs dirigée par Hua Liu, de l’université agricole du Sud de la Chine, qui a découvert le gène. Le groupe a publié sa recherche dans la revue Lancet Infectious Diseases. Le gène en question, appelé mcr-1, a été trouvé dans des plasmides (des molécules d’ADN mobiles qui peuvent facilement se répliquer et se transférer d’une bactérie à une autre). Il y a donc une « possibilité alarmante » que le gène se propage et se diversifie parmi différentes populations de bactéries, a expliqué le groupe de chercheurs.

L’équipe de Hua Liu a déjà prouvé que le gène s’est transféré dans des bactéries communes comme l’E. coli, qui peut causer des infections urinaires et d’autres types d’infections. Le gène s’est aussi transféré dans la bactérie Klebsiella pneumoniae, qui peut provoquer la pneumonie et d’autres infections.

Selon le groupe de chercheurs, cette découverte suggère qu’il « est inévitable que le gène devienne résistant à d’autres types d’antibiotiques. Et même si pour l’instant le problème est confiné en Chine, le mcr-1 pourrait faire apparaître d’autres gènes de résistance… et se propager mondialement. »

Le précédent indien

La découverte de la propagation du gène de résistance mcr-1 remémore l’histoire d’un autre gène de résistance qui avait été identifié en 2010, en Inde, soit le NDM-1. Ce gène s’était rapidement propagé partout dans le monde.

Laura Piddock et d’autres experts soutiennent que la surveillance mondiale de la résistance du mcr-1 est devenue essentielle pour tenter de prévenir la prolifération de bactéries résistantes aux polymyxines. La Chine est un des plus grands consommateurs et producteurs de colistine pour des utilisations agricoles et vétérinaires.

On s’attend à ce que la demande mondiale pour l’antibiotique dans les milieux agricoles soit de 12 000 tonnes par année d’ici la fin de 2015 et qu’elle monte à 16 500 tonnes par année d’ici 2021, selon un rapport publié en 2015 par le centre de recherche médicale QYResearch.

En Europe, 80 % des ventes de polymyxines (principalement celles de colistine) se sont faites en Espagne, en Allemagne et en Italie, selon un rapport du projet European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption (ESVAC) dirigé par l’agence European Medecines.

Quant à l’étude chinoise, les chercheurs ont prélevé des échantillons de bactéries présentes dans des abattoirs de quatre provinces différentes ainsi que dans du porc et des poulets vendus dans 30 marchés libres et dans 27 supermarchés à Guangzhou, entre 2011 et 2014. Les chercheurs ont aussi analysé des bactéries provenant de patients atteints d’infections dans deux hôpitaux à Guangdong et Zhejiang.

Ils ont trouvé un taux de prévalence élevé du gène mcr-1 dans des échantillons d’E. coli prélevés sur des animaux et de la viande crue. Ce qui est inquiétant, c’est que la proportion d’échantillons positifs a augmenté d’année en année et que le mcr-1 a été découvert dans 16 échantillons d’E. coli et de Klebsiella pneumoniae prélevés chez 1322 patients.

David Paterson et Patrick Harris, de l’université australienne du Queensland, ont commenté l’article de l’équipe de Hua Liu. Ils ont expliqué que les liens entre l’utilisation agricole de la colistine et la résistance à la colistine chez les animaux abattus, dans la nourriture et au sein de la population sont maintenant établis.

« Une de nos seules solutions pour défaire ces liens est de limiter ou de cesser l’utilisation de la colistine en agriculture », soutiennent-ils. « Si nous ne prenons pas ces mesures, nous allons créer un problème de santé publique d’envergure majeure. »

Cet article de Kate Kelland, journaliste spécialisée en santé et en science basée à Londres, publié sur le site de grainews.ca est une traduction.

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