Herbe soudan et acide prussique: ce qu’il faut savoir

*Avec le problème de sécheresse que nous connaissons depuis plusieurs années, de nombreux producteurs ont implanté cette année de l’herbe soudan, des hybrides de l’herbe soudan et du sorgho. Avec l’implantation de ces nouvelles variétés de graminées C4 surviennent les questions concernant l’acide prussique. Bien que les nouveaux croisements en contiennent des quantités plutôt faibles, voici quelques conseils et pratiques à mettre en place quant aux stratégies d’alimentation afin d’éviter les effets négatifs de l’acide prussique.

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Qu’est-ce que l’acide prussique??1

L’acide prussique que l’on retrouve généralement dans les plantes, se présente sous la forme d’une substance chimique liée, non toxique, appelée dhurrine. Il est présent dans la plupart des sorghos, mais certaines espèces et variétés en contiennent moins que d’autres.

Le sorgho contient également une molécule appelée émulsion qui, dans certaines conditions, peut réagir avec la dhurrine pour former de l’acide prussique (également appelé acide cyanhydrique). Si les plantes sont endommagées, notamment par la congélation, la mastication ou le piétinement, la réaction entre émulsion et dhurrine est renforcée, libérant ainsi des quantités suffisamment plus importantes de poison (cyanure) créant ainsi une situation potentiellement dangereuse.

L’impact sur l’animal

Les signes d’une intoxication à l’acide prussique apparaissent généralement de manière soudaine, de 15 à 20 minutes après que les animaux aient consommé le fourrage « contaminé ». Ces symptômes comprennent, entre autres, une respiration difficile et saccadée, des spasmes et de l’écume à la bouche. Les animaux affectés sont alors souvent couchés, prostrés et s’agitent. Le traitement doit être administré rapidement pour éviter la mort.

Facteurs influençant la concentration d’acide prussique

Espèces

La partie végétative de tous les sorghos contient de l’acide prussique. La teneur en acide prussique dans l’herbe du Soudan est inférieure d’environ 40 % à celle de la plupart des autres sorghos. En tant que groupe, les hybrides sorgho / herbe du Soudan ont plus d’acide prussique que l’herbe soudan, seule. Cependant, des croisements ont maintenant été développés et contiennent des quantités extrêmement faibles. Par précaution, il est recommandé de planter les hybrides reconnus pour contenir moins d’acide prussique. Le millet perlé, par exemple, ne contient pas de niveaux toxiques d’acide prussique. Le tableau 1 décrit les niveaux de risque de contamination avec de l’acide prussique pour les différentes espèces du genre sorgho.

Tableau 1 : Risque de présence de l’acide prussique en fonction des espèces du genre sorghum2

Genre sorghumRisque de présence de l’acide prussique
Herbe soudan (sorghum × drummondii)Faible
Herbe soudan x hybrides d’herbe soudanPlutôt bas
Sorgho x hybrides d’herbe soudanIntermédiaire
Sorghum x hybrides d’herbe soudanÉlevé
Sorgho (Sorghum bicolor)Intermédiaire à élevé
Sorgho (de type « grain »)Élevé à très élevé
Millet perlé (Pennisetum glaucum)Aucun

Partie de la plante

Chez les sorghos, les feuilles contiennent normalement des niveaux d’acide prussique plus élevés que dans les graines ou les tiges des feuilles. Les épis sont faibles en acide prussique et les graines n’en contiennent pas. Les feuilles supérieures ont plus d’acide prussique que les feuilles plus anciennes. Les talles et les branches (« drageons ») ont les niveaux les plus élevés car ce sont principalement des feuilles et elles n’ont pas de tiges.

Maturité

Les niveaux les plus élevés d’acide prussique sont atteints avant la phase de montaison (Boot stage). À mesure que les plantes mûrissent, les tiges constituent une plus grande proportion de la plante, ce qui entraîne une diminution de la teneur en acide prussique dans le fourrage total. Cependant, les risques d’intoxication peuvent ne diminuer que légèrement si les animaux broutent sélectivement les parties de la plante riches en acide prussique.

Sécheresse

Une grave sécheresse est probablement la cause la plus courante d’empoisonnement à l’acide prussique. Les plantes frappées par la sécheresse sont dangereuses à offrir aux animaux, car elles sont constitués principalement de feuilles. Le sorgho brouté ou récolté vert au cœur d’une sécheresse peut conserver des niveaux élevés de ce poison.

Gel

Le temps froid peut ne tuer que le sommet des plants de sorgho, laissant la partie inférieure vivante. L’acide prussique non lié présent dans ce fourrage ne diminue pas avant le début du flétrissement. Le fourrage est généralement considéré comme sain et sans danger pour le pâturage ou l’alimentation, 5 à 6 jours après le gel mortel. Les nouvelles pousses émergeant de parties non qualifiées de la plante sont susceptibles d’être riches en acide prussique. Par conséquent, ce fourrage ne doit pas être utilisé avant que la nouvelle pousse ait atteint une hauteur de 2 pieds.

Fertilisation

L’excellent potentiel de rendement de l’herbe du Soudan, des croisements d’herbe soudan-sorgho de même que des sorghos fourragers ne peut être atteint qu’en appliquant des taux élevés d’engrais azotés (par exemple 200 livres par acre ou plus). Cependant, si des taux élevés d’azote sont appliqués à des sols pauvres en phosphore et en potassium, les niveaux d’acide prussique augmentent généralement.

Par conséquent, afin de réduire les risques d’empoisonnement par l’acide prussique, il faut maintenir les niveaux de phosphore et de potassium au niveau mentionné dans les recommandations du rapport d’analyse du sol. Pensez également à diviser l’application de fortes doses d’azote en 2 à 4 applications.

Herbicide

Le 2,4 — D peut entraîner une augmentation de la teneur en acide prussique dans les fourrages. L’effet peut durer plusieurs semaines.

Bonnes pratiques

Ensilage

L’ensilage de sorgho est généralement sans danger pour l’alimentation. Bien qu’il puisse contenir des niveaux toxiques d’acide prussique pendant son stockage, une grande partie du poison s’échappe sous forme de gaz lors de la fermentation et lors de son déplacement pour l’alimentation. Cependant, par précaution, ne donnez pas de nouvel ensilage au moins 3 semaines après la récolte et le stockage.

Plutôt que d’exposer tout le troupeau au danger, utilisez des animaux d’essai pendant de brèves périodes au cours desquelles le silo est fraîchement ouvert ou lorsque vous vous rendez sur un pâturage douteux.

 Pâturage3

  • Du fait que l’herbe soudan et ses hybrides possèdent un potentiel plus faible d’empoisonnement par l’acide prussique, ils doivent être plantés à des fins de pâturage, au lieu du sorgho et de ses hybrides;
  • Ne pas laisser paître les moutons sur de l’herbe soudan ou des hybrides jusqu’à ce que les plantes atteignent une hauteur de 12 à 15 pouces. Pour les bovins, éviter de les laisser jusqu’à ce que les plantes atteignent une hauteur de 18 à 24 pouces;
  • Les animaux peuvent paître sur des hybrides sorgho-herbe soudan sans danger dans la mesure où les plantes ont atteint une hauteur de 24 pouces ou plus;
  • Il est possible que le sorgho ne soit pas sain en pâturage avant d’avoir pleinement atteint sa maturité. La repousse du sorgho ne devrait pas être offerte en pâturage jusqu’à ce que la plante soit complètement détruite par le gel, en plus d’être séchée;
  • Ne pas laisser paître du sorgho, des hybrides de sorgho et d’herbe soudan ou de l’herbe soudan pendant ou après une sécheresse, à moins que les plantes montrent des signes visibles de stress hydrique. Faire tester les niveaux de toxicité des plantes avant le pâturage (voir prochaine section);
  • Ne pas faire paître le fourrage avec une courte repousse après la récolte de foin ou d’ensilage ou après une période donnée de pâturage rapproché;
  • Ne pas faire paître du sorgho ou des hybrides de sorgho et d’herbe soudan après une série de gelées légères, l’intoxication augmentant pendant une courte période après les gelées. Il faut seulement l’autoriser de 7 à 10 jours avant le pâturage, après un léger gel;
  • Ne pas laisser paître le sorgho ou les hybrides de sorgho et d’herbe soudan après un gel mortel jusqu’à ce que la plante ait eu la chance de sécher, soit environ 7 jours;
  • Ne pas laisser paître le sorgho ou les hybrides de sorgho et d’herbe soudan après une sécheresse car il faut 14 jours avant de pouvoir les laisser consommer l’herbe;
  • Ne pas laisser paître le bétail affamé sur des hybrides de sorgho ou de sorgho-herbe soudan. Le potentiel d’empoisonnement augmente avec la quantité consommée de fourrage à haut risque.

Analyses disponibles

Si vous avez des doutes sur les fourrages que vous souhaitez offrir à vos vaches, il est possible de faire analyser la concentration d’acide prussique. Par la suite, il sera possible d’interpréter vos résultats d’analyses, notamment à l’aide du tableau 2 ci-dessous.

 

Tableau 2 : Interprétation générale de la concentration d’un échantillon de fourrages.4

Acide prussique (PPM), base MSInterprétation
0-250Très bas — sécuritaire pour le pâturage
250-500Faible — sécuritaire pour le pâturage
500-750Moyen — douteux pour le pâturage
750-1000Élevé — dangereux pour le pâturage
>1000Très élevé — Très dangereux pour le pâturage

Conclusion

Comme vous avez pu le constater, les risques de contamination de graminée de type C4 sont présents, mais peuvent être gérés de façon adéquate en suivant de bonnes pratiques. Si vous avez un doute, n’hésitez pas à faire analyser vos pâturages ou ensilages.

  1. Tiré et Adapté de Minimizing the Prussic Acid Poisoning Hazard in Forages. C. L. Rhykerd and K. D. Johnson. https://www.agry.purdue.edu/ext/forages/publications/ay196.htm
  2. Tiré et traduit de HTTP : //pods.dasnr.okstate.edu/docushare/dsweb/Get/Document-6191/PSS-2904pod2013.pdf
  3. (Tiré et adapté de https : //agnr.osu.edu/sites/agnr/files/imce/pdfs/Beef/LivestockPrussicAcidPoisoning.pdf)
  4. Tiré et traduit de http://pods.dasnr.okstate.edu/docushare/dsweb/Get/Document-6191/PSS-2904pod2013.pdf

**Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu'ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

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