Les mélangeuses automotrices font une percée

Arrivées en terre québécoise il y a quelques années, les mélangeuses automotrices pour silos-couloirs commencent tout juste à faire une percée. On les compte encore sur les doigts d’une main, mais les utilisateurs leur promettent un brillant avenir.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de décembre 2010

par Marie-Josée Parent, agronome

En Europe, d’où provient la technologie des mélangeuses automotrices, on dénombre plus  de marques que le nombre total de véhicules de ce genre au Québec. À titre d’exemple, la revue française Réussir Lait de septembre dernier publiait un article présentant Sept mélangeuses automotrices testées. Et les deux marques distribuées au  Québec, Faresin et Siloking, n’en faisaient même pas partie. Elles sont pourtant très populaires dans leur pays d’origine, l’Italie et l’Allemagne.

Les mélangeuses automotrices prélèvent, avec ce qu’on appelle une fraise, l’ensilage dans le silo-couloir ou tout autre ingrédient en vrac. La fraise est un cylindre muni de  dents qui tourne et dépose l’ingrédient sur la courroie, qui le dirige ensuite vers la mélangeuse. Une fois les ingrédients incorporés et le mélange complété, le conducteur guide le véhicule vers l’allée d’alimentation et distribue le mélange aux vaches ou animaux de remplacement. Plus besoin de réquisitionner un tracteur avec pelle pour prélever l’ensilage. Fini aussi la nécessité d’avoir deux tracteurs pour l’alimentation. Il n’y a plus qu’un seul véhicule. Selon les usagers, ce seul aspect fait économiser une quantité importante de carburant, sans compter les frais d’entretien.

Le temps de main-d’oeuvre est aussi diminué. Une seule personne est maintenant requise pour préparer les mélanges. Elle n’a plus à se trimbaler d’un véhicule à l’autre pour effectuer cette tâche. La cabine fermée améliore aussi le bien-être des ouvriers. Elle est très appréciée en hiver et les jours de pluie. Une caméra permet de voir à l’arrière du véhicule, un aspect essentiel.

Autre avantage majeur : la qualité de l’aliment servi. La fraise prélève l’ensilage avec une grande précision. D’un côté, la quantité déposée dans la balance est exacte. De l’autre, la surface de prélèvement dans le silo est d’une grande propreté. Il en résulte un moins grand gaspillage d’ensilage. Selon les usagers, cet aspect augmenterait la  production laitière.

Le seul inconvénient majeur à cette nouvelle technologie est son coût d’achat, qui varie selon le format choisi, soit plus de 150 000 $. Les utilisateurs estiment cependant que les avantages surpassent cet inconvénient. Et puis, si l’on considère le fait qu’il n’y a plus qu’un véhicule à entretenir pour cet usage, qu’il y a économie de carburant,   qu’il y a moins de pertes d’ensilage et que la production laitière est plus élevée et plus stable, l’investissement n’est pas nécessairement plus dispendieux que  deux tracteurs et une mélangeuse tractée.

Siloking, l’Allemande
Il a tellement aimé le produit qu’il en est devenu représentant. Originaire de Suisse, Urs Studhalter a acheté en 1995, avec son frère André, la ferme Irma, à Saint-Albert,  dans les Bois-Francs. En 1999, une mélangeuse traînée fait son apparition. Huit ans plus tard, les Studhalter l’échangent pour une mélangeuse automotrice. Pourquoi? «Il  y a trois raisons, explique Urs : le temps pour nourrir les animaux, la propreté de la surface de reprise et la précision de la préparation de la RTM.» Autre élément : le  tracteur n’avait pas de cabine. Le confort s’en trouve améliorer.

La lecture de magazines de langue allemande, leur langue maternelle, a amené les deux frères à s’intéresser au produit. «Siloking avait gagné un prix d’innovation en 2004.» Il s’agissait d’une médaille d’or lors de l’EuroTier, une exposition agricole en Allemagne. Urs Studhalter s’envole vers l’usine en 2006 et en 2007, les démarches  réglementaires sont ensuite entreprises pour faire venir le véhicule au Québec.

Le modèle choisi, le 13 mètres cubes, était juste de la bonne hauteur pour entrer dans l’ancienne étable qui mesure 2,64 mètres. «Pour la grandeur du groupe d’ici, c’était  ce que nous avions besoin», explique Urs Studhalter. Les Studhalter ont 300 animaux à nourrir. Le moteur de la mélangeuse automotrice Siloking est à l’avant, entre la  cabine et le mélangeur. «C’est plus efficace parce qu’il est plus près de la demande d’énergie», explique Urs Studhalter. Cela permet au véhicule d’avoir deux petites roues rapprochées à l’arrière. Le rayon de braquage est ainsi très prononcé. Selon Urs Studhalter, malgré l’absence de quatre roues motrices, elle se comporte très bien en saison  hivernale, entre les silos-couloirs et l’étable.

« Nous économisons deux heures par jour pour l’alimentation, dit Urs. C’est énorme! Ça représente quatre heures de tracteur. » Un seul homme faisait toutes les tâches  liées à l’alimentation, mais les deux tracteurs fonctionnaient. Ce temps d’utilisation englobe le temps pour distribuer la litière. Urs Studhalter a évalué un retour sur  l’investissement de quatre à cinq ans.

Les Studhalter ont pris le temps d’apprivoiser l’équipement avant d’en faire la promotion. Depuis un an, la distribution est assurée par les Équipements JDR. Urs Studhalter apporte un soutien technique pour le produit.
Pour information : www.siloking.com

Faresin, l’Italienne
Sébastien Peeters a connu les mélangeuses automotrices lors d’un stage en Belgique en 2003. En 2005, à la fin de ses études à l’ITA, il s’associe à ses parents, Xavier et  Maggy, de la ferme L’Éclatière de Saint-André-d’Argenteuil. L’idée de se procurer une mélangeuse automotrice fait son chemin lorsque la mélangeuse tirée par un  tracteur montre des signes d’usure. «Nous n’en avions jamais vu ici», raconte Sébastien.

Avec Jean-Marc Lambert, des Silos J.M. Lambert, Sébastien Peeters s’envole vers l’usine de Faresin, en Italie. La marque n’était pas encore disponible au Québec, mais les Silos Lambert connaissaient le produit puisqu’ils avaient déjà importé des mélangeuses automotrices de marque Seko.

Sébastien Peeters apprécie la propreté des bunkers, les siloscouloirs. «Il y a moins de surchauffe d’ensilage», explique-t-il. Pour une augmentation de la production laitière, il ne peut pas se prononcer. «C’est difficile à dire parce que dans une période de deux mois, nous avons remplacé la mélangeuse et installé les robots de traite, dit-il. Oui, nous avons remarqué une augmentation de la production laitière, mais je ne peux pas dire s’il y a une part qui provient de la mélangeuse et laquelle.» Il a toutefois remarqué un mélange plus uniforme. Avant, il observait à l’occasion des galettes de foin dans le mélange.

Le moteur situé à l’arrière du véhicule est, selon l’éleveur, un avantage intéressant. D’un côté, c’est moins bruyant pour l’opérateur. De l’autre, le moteur est moins soumis à la poussière. Il souligne toutefois l’importance de nettoyer l’engin «de temps en temps» avec une souffleuse d’air. Autre élément : les quatre roues motrices sont très avantageuses s’il y a de la boue ou de la glace. De plus, Sébastien a modifié la fraise en lui enlevant les couteaux pour les remplacer par des lames de métal. Il préfère
hacher l’herbe à la bonne longueur plutôt que de considérer le hachage par les couteaux au moment de la reprise.

Originaire de Belgique, la famille Peeters est à l’affût des technologies européennes, comme cette mélangeuse automotrice, les robots de traite ou encore une ensileuse  automotrice. «Je trouve qu’on est dix ans en arrière au Québec sur le plan des technologies», affirme Sébastien Peeters.
Pour information : www.faresindustries.com

Venez voir nos vidéos, réalisées chez Sébastien Peeters et Urs Studhalter, sur le site Web  du Bulletin, section machinerie.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé

1. Une mélangeuse automotrice est un véhicule roulant à environ 40 km/h possédant une fraise, pour le prélèvement de l’ingrédient, et un bras muni d’une courroie qui sert à  diriger l’aliment vers la cuve pour le mélange de la ration. On retrouve aussi un réceptacle pour les minéraux, une caméra à l’arrière afin de voir les angles morts et une  balance pour la pesée des ingrédients.
2.  Urs Studhalter montre la qualité du mélange obtenu avec une mélangeuse automotrice.
3. Sébastien Peeters incorpore les minéraux dans le réceptacle.

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