Pour la pluralité syndicale en agriculture

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de novembre 2010

« Accepterait-on un seul parti politique ? Pourquoi n’a-t-on qu’un seul syndicat agricole ? » — Gilles Brouillard, président du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA)
par Lionel Levac

Alors que toutes les pensées sont accaparées par la future politique agricole du Québec, Le Bulletin a rencontré Gilles Brouillard, producteur de grandes cultures à St-Aimé, président du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA) et vice-président des Céréaliers du Québec. La question qui englobe tout : pourquoi se dissocier de l’UPA et mettre fin à l’exclusivité syndicale ?

Il est important de changer les règles du jeu ?
— On veut plus que changer les règles du jeu. On veut qu’il y ait un jeu, avec plus d’un joueur. Puis, apporter des orientations, des points de vue et du développement différents.

Ce n’est pas possible dans le cadre de l’UPA ?
— Absolument pas. On ne peut pas apporter un point de vue différent dans une structure syndicale aussi grosse et puissante. Avec l’UPA, il faut épouser la pensée de l’organisation ou rester chez soi.

Et vous estimez que cela nuit au développement de l’agriculture ?

— Tout à fait. Tant d’énergie et d’argent des agriculteurs sont utilisés par l’UPA pour faire vivre et développer son organisation, sa structure. Par exemple dans les grandes cultures, les millions devraient servir à la recherche. Pas à mettre en place un service d’information qui va nous dire ce qu’était le marché il y a deux semaines. On a surtout besoin de savoir ce qu’il sera dans les semaines qui viennent. Pensons davantage formation, recherche et prospection de marchés. Et cela vaut pour tous les secteurs. Dans celui des Érablières-Transformateurs et des Jardiniers maraîchers notamment, qui sont aussi membres du CEA.

Vous souhaitez le libre choix pour la mise en marché ?
— Oui. Les entrepreneurs ont besoin de liberté pour innover. Cela n’empêche pas les agriculteurs qui le veulent de continuer à faire de la mise en marché collective. L’important maintenant est de mettre les efforts à créer de la richesse plutôt que de simplement la partager, comme le veut l’approche prônée depuis 25 ou 30 ans.

Les petits agriculteurs ne risquent-ils pas d’être perdants ?
— Je doute fort que ce soit le cas. Malgré la pensée unique, le monopole syndical et les systèmes qu’il contrôle, les fermes ont continué de grossir depuis 30 ans. Les petites entreprises disparaissent. On ne peut sûrement pas provoquer un mouvement qui existe déjà.

Vous travaillez actuellement avec l’Union paysanne. Pourtant, vous n’êtes pas de la même école de pensée ?
— Nous sommes membres de la Coalition pour la liberté d’association en agriculture au Québec (CLAAQ). Avec l’Union paysanne, on s’entend sur la nécessité d’abolir le monopole syndical. Pour le reste effectivement, nous ne prônons pas tout à fait le même genre d’agriculture, tout comme nous ne partageons pas les mêmes visées que l’UPA. Il y a de la place pour tout le monde. Éventuellement, lorsque nous serons une organisation reconnue, au besoin et selon les dossiers, nous pourrons établir certains consensus avec l’UPA et l’Union paysanne.

On dit que vous êtes un regroupement de gros producteurs ? — Le Conseil ne favorise pas les grosses entreprises. Nous voulons regrouper et aider les petites, les moyennes et les grosses entreprises. Celles où les gestionnaires souhaitent avoir le contrôle de leurs affaires. L’important est d’instaurer une offre variée de services aux agriculteurs. S’ils ne sont pas satisfaits d’une organisation, ils pourront aller ailleurs. En ce sens, la fin du monopole sera une excellente chose, même pour l’UPA qui va alors devoir traiter ses membres comme des clients en quête de satisfaction.

Et la société québécoise sera aussi gagnante selon vous ?
— Tout à fait. La société est notre premier partenaire. Ce sont nos concitoyens, par leurs impôts, qui soutiennent les agriculteurs faisant face à des concurrents, à travers le monde, qui vivent souvent aussi avec les deniers publics. La société investit et veut que l’agriculture soit efficace. Pour cela, il faut un système où il y a compétition sur le plan de l’offre de services. S’il n’y a qu’une organisation syndicale, avec une vision unique et une seule voie de développement, peut-on dire que nous jouissons des bienfaits de la concurrence ? Il faut laisser se développer d’autres façons de faire les choses. Trois ou quatre bateaux de plus petite taille valent sûrement mieux qu’un Titanic.

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