Première Moisson veut acheter localement Après le blé, le porc!

« Les agriculteurs nous manifestent une certaine fierté à produire du blé de meilleure qualité et ainsi apporter une contribution plus “écologique” au  monde de l’alimentation. »
— Liliane Colpron, présidente de Première Moisson

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de décembre 2010

par Lionel Levac

À la tête du réseau de boulangeries Première Moisson, Liliane Colpron a un fort penchant pour l’achat local. Elle achète son blé de producteurs d’ici qui cultivent selon un  cahier de charge. Et ce n’est pas fini, bientôt elle aura son porc spécifique.

Depuis 1991, l’orientation de l’entreprise ne dément pas ?
— Notre démarche depuis le début, c’est le bon goût et la santé. Dès l’ouverture de nos premières boulangeries, nous avions des farines non blanchies, sans accélérants. La  fermentation prend le temps qu’il faut et le pain n’en est que meilleur.

Rapidement, vous avez cherché à vous approvisionner au Québec ?

— Mon fils Bernard s’est inspiré de la France et a élaboré un plan. Nous avons sélectionné des variétés de blé à être cultivées par des agriculteurs d’ici. Nous nous sommes  entendus avec Robert Beauchemin de la Meunerie Milanaise pour créer la Meunerie de Soulanges. C’est là que sont préparées nos farines à partir des grains issus de fermes  québécoises. Le groupe Agri-Fusion, un regroupement d’agriculteurs, voit à distribuer les contrats de culture. Notre cahier de charge est précis : ils cultivent nos variétés,  ils n’utilisent pas d’engrais chimiques, pas de pesticides non plus. C’est particulièrement important de ne pas utiliser de tels produits. Et nous nous engageons à acheter  leurs récoltes.

L’approvisionnement local, c’est important pour vous ?
— Tout à fait. Ce n’était pas logique de ne pas cultiver de blé de spécialité au Québec. Écologiquement, le blé de l’Ouest doit beaucoup voyager et nos agriculteurs, je pense,  ont tout intérêt à revenir à des cultures plus diversifiées. D’autant plus que les ententes avec nous sont du type « gagnantgagnant ». Nous croyons que nous sommes très intègres en affaires. Aussi, les agriculteurs nous manifestent une certaine fierté à produire du blé de meilleure qualité et ainsi apporter une contribution plus «écologique»  au monde de l’alimentation.

Après le blé, vous aurez bientôt du porc spécifique ?

— On regarde partout, dans tous les types de produits que nous utilisons pour trouver ce que l’on peut faire produire et acheter localement. Il nous a fallu trois ans pour  organiser notre approvisionnement en grains. Depuis un an, nous élaborons une nouvelle filière, celle du porc. Et dans quelques mois, nous aurons des porcs élevés selon  nos spécifications.

Notre cahier de charge a été préparé avec une organisation française. Les animaux sont mieux nourris, mieux élevés, sans antibiotiques, sans hormones de croissance. Ils   sont au repos avant l’abattage pour éliminer les toxines et le stress causé par le transport. La viande est de meilleure qualité.

Acheter au Québec vous coûte-t-il plus cher ?
— Non, pour le blé par exemple, les prix que nous payons sont ceux du marché. Nos prix sont établis à l’automne pour une période d’un an. Les prix sont fixés en fonction  des spécifications que nous demandons. C’est la même chose pour le porc.

Vous voyez un lien très fort entre la qualité et la santé ?
— Absolument. Depuis 1991, nous avons, chez Première Moisson, élargi encore notre conscience à propos de la nécessité de bien manger pour être en bonne santé.  L’alimentation est assurément un facteur important dans des phénomènes comme l’épidémie de cancers en Amérique du Nord. La cuisine industrielle, les plats tout faits,  avec des listes d’ingrédients qui n’en finissent plus, des agents de conservation et autres, j’imagine que cela a un rapport avec toutes nos maladies. Nous, lorsque nous  fabriquons des aliments, nous pensons d’abord que ce sont des humains qui vont les consommer et nous cherchons des matières premières saines.

Que souhaitez-vous pour l’avenir ?
— Je ne veux pas me mêler de politique, je n’y connais rien. Cependant, je pense que nos agriculteurs devraient revenir à des méthodes un peu plus traditionnelles,  cultiver ce qui les tente et pouvoir choisir les débouchés qu’ils souhaitent pour leurs produits.

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