Champs libres!

fermeLa semaine dernière, j’ai eu le privilège d’être invité à livrer un témoignage intitulé : Transférer une ferme qui nous ressemble lors de l’évènement champs libres 2016 organisé par le groupe Uniconseils en collaboration avec l’Association des conseillers en agroenvironnement du Québec (ACAQ).

Je m’étais bien préparé pour être le plus précis possible dans mon temps alloué. Au milieu de la présentation, j’ai montré une image de la ferme d’aujourd’hui. Cette ferme, elle nous ressemble. On s’y sent bien. Moi et mon frère, accompagnés de notre mère, nous l’avons transformée à notre image au cours des 35-40 dernières années.

IMG_20151101_071200477_HDRQuand j’étais plus jeune, cet emplacement était un clos à vaches. Il y a un peu de nous dans chacun des objets qu’on y aperçoit. Pendant que j’observais la photo en enlignant mon texte prévu, j’ai senti une boule d’émotion monter. J’essaie de la contrôler, mais c’est plus fort que moi, beaucoup trop de souvenirs me reviennent d’un coup. Il faut que je me ressaisisse. Je me recentre avec un léger trémolo dans la voix. J’essaie d’enchaîner en expliquant qu’au-delà des difficultés de bien réussir un transfert pour la ferme physique, c’est aussi un défi de réussir à partager à ceux qui nous succèdent le plaisir, le mode de vie, la passion et l’amour du métier. Bref, ce qui nous a permis d’avoir la force et le courage de toujours continuer vers notre rêve de bien vivre sur notre ferme.

Une pensée pour nos arrières grands-parents et nos parents qui nous ont transmis leur passion. Sans oublier nos mentors qui nous ont contaminés. Un de ceux-là, un jour, est venu nous voir pour nous offrir sa terre. De la même façon qu’on donne un objet précieux à quelqu’un en qui on a confiance afin qu’il le protège comme la prunelle de ses yeux. S’il s’était prêté au jeu des enchères, jamais, comme jeune relève à l’époque, on n’aurait pu compétitionner.

Aujourd’hui, l’émotion refait surface parce que je réalise tout l’héritage émotionnel de la ferme. Que le temps passe vite, j’ai déjà 36 ans de métier et il m’en reste peut-être 20 si mon corps tient la route.

Une tonne de défis stimulants à relever dans les prochaines années, dont celui de préparer le transfert de l’âme de la ferme. On reste sensible et disponible pour accompagner les plus jeunes autour de nous qui essaient de prendre leur envol. On essaie de leur laisser le champ libre, de les accueillir au lieu de renchérir sur les terres qu’ils convoitent. On partage nos connaissances, notre expérience, notre vision. Tant que je vivrai, j’aurai toujours un œil intéressé sur la terre qui m’a vu grandir. Inutile de vous dire que même si un étranger ou un bon Québécois trop gourmant se présente chez nous en nous présentant une grosse offre, il va retourner chez lui bredouille.

Notre âme n’est pas à vendre, on préfère la partager!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

Articles récents de Paul Caplette

Commentaires