Choisir ses mots et ses images

On doit essayer d’utiliser la bonne image et surtout mentionner les bons mots pour éviter la confusion

Dernièrement, j'ai aperçu l’en-tête d’un article avec un pulvérisateur au beau milieu d'un champ. Woups! Ça attire mon attention et je me dis: voyons, quelque chose de nouveau sur les pesticides.

Il m'a suffi de quelques secondes pour réaliser que c'était plutôt un article sur la hausse du prix des terres. Je suis tombé dans le piège parce que j'utilise des pesticides, d'autres lecteurs sont sûrement tombés dans le piège parce qu'ils sont inquiets de l'usage des pesticides, et un autre groupe est tombé dans le piège en enregistrant une image négative en  imaginant que l'agriculture d'aujourd'hui ne se résume qu’aux pulvérisateurs. 

Nous sommes à l’ère de l'image. À la longue je trouve dérangeant de voir la photo d'un pulvérisateur en plein milieu d'un champ pour illustrer un article qui parle du prix des terres. Cric...cric... c'est quoi le rapport? Il me semble que ce ne sont pas les belles images de beaux champs qui manquent. Comme si pour attirer l'attention sur un sujet agricole on devait suggérer une image qui frappe, qui inquiète et qui, au final, suggère inconsciemment que l'agriculture se résume à ça. Chez nous, le pulvérisateur circule pendant environ trois minutes sur chaque hectare sur une saison entière. En fait, l’image du pulvérisateur est carrément surexposée.

On peut également retourner la politesse aux mots utilisés. Il se peut aussi qu'un mot nous amène à imaginer certaines images et voilà que ça s'emballe. Dernièrement, je participais à un atelier de travail sur les espèces en péril. Le beau papillon le monarque en fait partie et la cause de son déclin : les pesticides!!! Imaginez qu’est-ce que ce mot représente pour le commun des mortels. Pesticides qui nous ramène  à l’image du pulvérisateur jaune en plein milieu du champ en train de « tuer les pauvres monarques ». Après quelques questions, c’est plutôt la plante hôte du monarque qui se fait de plus en plus rare, soit l’asclépiade. Constat : il y a de moins en moins de fossés, de moins en moins de champs en pâturage semi-performants, et de moins en moins de terrains vagues. Quand on produit trois ou quatre coupes de foin dans un champ, l’asclépiade n’a pas vraiment la chance de s’installer. Même chose pour de beaux champs en régie biologique, de soya, ou de maïs. On n’y voit pas beaucoup d’asclépiade non plus. Il s’agit plutôt d’intégrer la plante hôte à des endroits stratégiques. Donc, le problème de la disparition des monarques n’a aucun rapport avec les pesticides. On doit donc essayer d’utiliser la bonne image et surtout mentionner les bons mots pour éviter la confusion.

Parlant d’utiliser les bons mots. Dans mon dernier blogue j'ai mentionné bien connaître notre « champ de la pipe ». Il n'en fallait pas plus pour alimenter l'imagination de certains esprits sur la possible signification du terme employé. « Eh Paul ! Ton histoire du champ de la pipe me fait imaginer certaines images. Ça me hante et ça m’empêche de dormir :-) ». Hein? Effectivement, ça peut porter à confusion. Je t’envoie une image, ça vaut mille mots.

Effectivement notre champ de la pipe est éloigné des regards, mais il a vraiment la forme d’une pipe. Une image vaut mille mots. photo: Paul Caplette

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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