Défaillance dans le système de distribution alimentaire

Je fournis l’ingrédient principal du produit et je reçois probablement la plus petite part

Ton idée, ça ne vaut pas 5 cents! Vous connaissez cette expression? Ben, que ton idée ne vaut pas cher, qu’elle n’est pas très brillante. Je ne pars jamais avec une grosse pièce de 5 cents pour m’acheter quelque chose. Qu’est-ce qu’on peut bien s’acheter aujourd’hui avec un 5 cents? Ah! On peut faire des bases à 5 cents, ou du 5 cents US dans notre plan de commercialisation. J’appelle ça un GROS 5 cents.

Si je creuse un peu je réalise que je peux manger avec des 5 cents. Eh oui! 100 grammes de soya non-OGM coûte environ un gros 5 cents noyé dans un contenant de boisson de soya qui se détaille 2,79 $ du litre. Non, non, non, je me trompe, 2,79 $ du 0.946 litre.

Les transformateurs, eux, comprennent comment faire fructifier leur 5 cents. On conserve le prix et on donne une cure de minceur au contenant. Ce qui me chicote c’est qu’en général on sort les statistiques de la hausse du panier d’épicerie qui ne cesse d’augmenter. Pourtant mon petit 5 cents reste toujours le même. Je comprends qu’il y a des frais de transformation, de traçabilité, de publicité, de transport, etc. Je trouve quand même gênant de recevoir seulement 5 cents d’un emballage carton rempli d’eau qui se vend 2,79 $ ! Même phénomène pour le pain. Je reçois 3 gros 5 cents (0,18 $) sur un pain qui se détaille quatre dollars. Je fournis l’ingrédient principal du produit et je reçois probablement la plus petite part. Et ça me frustre quand je vois des publicités montrant quelqu’un en train de négocier directement dans le champ et qui scande : « On négocie les meilleurs prix pour vous! » Quoi? Pour qui? Tu me gosses pour mon 18  cents ou mon 5 cents! Le pire c’est que dans un système économique normal on négocie les prix par rapport au prix du marché de disponibilité. Donc, si le client peut sauver 1-2 ou 3 cents, ça représente du profit net pour lui et ce sans aucun égard sur le souci environnemental global du produit.

En fait, je me demande si ce n’est pas le système de distribution alimentaire qui est malade. J’ai plutôt l’impression que c’est tout ce qui entoure le précieux produit qui est responsable de la hausse du panier d’épicerie. On paye pour de la pub, du suremballage et des droits de tablettes pour mieux se faire voir. Avons-nous vraiment besoin de payer pour de la pub pour manger? Je crois qu’avec la technologie d’aujourd’hui on pourrait bien intégrer un code bar informatif que le consommateur pourrait facilement scanner pour vraiment connaître d’où vient l’aliment de base et dans quel respect environnemental il a été produit. Plusieurs prétendent que ça pourrait faire exploser le prix du panier d’épicerie alors qu’un  tout petit 5 cents additionnel donnerait un bon souffle sur la braise des agriculteurs qui innovent dans leur façon de produire dans le plus grand respect de leur environnement global.

Hey! 5 cents à l’agriculteur pour continuer d’innover localement tout près du consommateur qui veut être rassuré. Et j’imagine que l’industrie autour de nous trouverait bien un petit 5 cents qui traîne dans le 2,74 $ qui lui reste, dans le cas du soya, ou le 3,82 $, dans le cas du pain.

C’était mon idée à 5 cents. :-)

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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