Faire du semis direct pour les bonnes raisons

Rétrospective d’une certaine étape de ma vie d’agriculteur

Au beau milieu des années 1980, sous le regard incrédule de certains de nos voisins, nous avions déjà débuté le travail réduit des sols et quelques années plus tard expérimenté la technique du semis direct.

Après quelques années, les résultats comparatifs des deux techniques n’étaient pas à la hauteur de nos objectifs. Avec notre charge financière élevée, notre marge de manœuvre a littéralement fondu comme de la neige au soleil. On a donc rebroussé chemin et pris en compte les éléments responsables de notre échec. En fait, nos sols et nos équipements n’étaient pas parfaitement à point pour l’application de cette technique innovatrice de l’époque.

On a pris notre pilule et mis de côté la technique, question de se donner le temps de combler les lacunes qu’on avait identifiées. On s’est concentré sur l’amélioration du drainage souterrain de nos sols. Aménager nos planches pour mieux gérer l’eau de surface en prenant bien soin de se planifier des raies de curage avec des avaloirs, question de nous donner plus de chance de réussir nos cultures d’hiver. On a planifié de nouvelles rotations dans le but de rendre nos sols plus adaptés à cette technique. Parce qu’au fond, on voulait y revenir. On a suivi des formations, on a repensé nos interventions et quelques années plus tard, on se sentait prêt à recommencer, mais différemment cette fois-ci.

On a commencé par réapprivoiser le semis direct avec les cultures « faciles », comme le semis de céréales sur un retour de soya. Pour ensuite ajouter le semis du soya sur retour de maïs. Les résultats étaient bons. Ce que j’ai réalisé en cours de route, c’est que maintenant, je pratiquais la technique pour les bonnes raisons. Pas pour sauver de l’argent à court terme ni à la catastrophe en dépannage parce qu’on n’a pas eu le temps de faire les travaux primaires à l’automne.

Il faut penser et mettre en applications les conditions gagnantes pour que la technique réussisse. Penser en système global de culture et pouvoir évaluer les résultats sur le long terme. Tout le contraire de ce qu’on avait fait à nos débuts. Garder mes vieux réflexes et ajouter une nouvelle technique par-dessus, c’est inefficace. On l’a essayé. Oubliez ça! Il faut plutôt tout repenser notre façon de travailler. Investir entre nos deux oreilles, si on veut mieux agir sous nos bottines.

Quand mon chum me dit un peu incrédule : « Pis Paul, aimes-tu ça ton semis direct? ». Mon GROS tracteur, un 150 ch qui faisait 650 heures à l’époque, ben aujourd’hui, il en travaille seulement 275 heures. J’ai diminué mes GES de 32%, augmenté nos rendements généraux de 12 % dans les 10 dernières années. Nos sols ne partent plus au vent, on a moins de pertes de sol vers les cours d’eau, nos matières organiques sont en augmentation constante et on s’enfarge dans les vers de terres!

Farce à part mon chum : la technique du semis direct ne s’improvise pas. Si tu te donnes une vision à long terme : les résultats sont là!

Faut juste rester humble dans l’échec et garder notre détermination, user de persévérance et tout mettre en œuvre pour atteindre notre objectif : profession agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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