Interdiction de pesticides : découragé!

Déçu et découragé de constater cet acharnement à vouloir nous enlever des outils utiles à notre profession

Interdiction de pesticides : découragé!

Je termine ma journée à 21h sous cette chaleur. Un peu épuisé et surtout un peu frustré de toujours devoir terminer mes tâches pressantes avant de pouvoir enfin m’évader de la ferme pour quelques jours. Faudrait peut-être que je redéfinisse le terme « tâches pressantes ». C’était prévu et planifié, mais le temps sec avance certains travaux qu’on aurait fait plus tard normalement. Je sens que j’y arrive enfin. Un peu de repos bien mérité. Je devrais peut-être dire : changer le mal de place, passer à autre chose, question de m’aérer le cerveau. Je suis de moins en moins patient, je vois le verre à moitié vide, contrairement à mon habitude de le voir à moitié plein. Un compte-client en souffrance qui niaise, des objectifs à redéfinir, en plus des inquiétudes normales quotidiennes sur une ferme. Tout ça avant de reprendre un autre sprint de récolte qui se bouscule dans l’horaire.

J’ai un bizarre de sentiment social. Est-ce la Covid qui nous rend un peu dingue? Entendre des gens prétendre que les producteurs de porcs sont un peu responsables du conflit des travailleurs étant donné qu’ils sont membres de l’organisation qui emploie ces mêmes travailleurs. Comme si tous les membres de Desjardins seraient responsables des coulages de données personnelles? Ensuite, on sort un topo des conditions atroces que les producteurs de porcs font subir à leurs animaux qui doivent voyager sur de plus longs trajets pour se rendre à destination. J’avais le sentiment qu’on suggérait qu’ils en étaient responsables. Si j’étais producteurs de porc, je serais en beau maudit. En fait, je suis en beau maudit pour eux autres. Retenir, déplacer, nourrir à grand frais des animaux pour en sauver le plus possible et se faire pratiquement accuser.

Sur le point de partir vers l’évasion et je lis une nouvelle des plus surprenante. La Ville de Montréal annonce un nouveau règlement ambitieux contre les pesticides. Jamais une municipalité ou un gouvernement n’a été aussi loin au pays : 36 ingrédients actifs, dont le controversé glyphosate, seront interdits à la fois d’utilisation, mais aussi de vente. L’administration de Valérie Plante lance un pavé dans la mare en appliquant l’interdiction aux agriculteurs.

« Qossé ça! » Je suis en « beau maudit ». J’ai le goût de répondre. Pas maintenant. Ça va gâcher mon petit congé. Je ne comprends pas ni l’annonce ni le but ni surtout la vague de pouces en l’air en signe d’approbation. Après lecture, je réalise leurs priorités. Ah oui, on exclut et je cite le texte : les golfs ne sont pas concernés par le règlement pour le moment. La Ville finance un projet de recherche pour trouver des solutions de rechange. Les corridors de transport et d’énergie – par exemple les lignes d’Hydro-Québec – sont aussi exemptés.

Déçu, découragé de constater cet acharnement à vouloir nous enlever des outils utiles à notre profession. Eh oui, un pesticide n’est pas sans risque. Par contre, un pesticide bien géré fait partie des outils que les professionnels en agriculture peuvent utiliser. On peut même garantir des grains sans traces de glyphosate. SVP, est-ce qu’on peut avoir notre 0,04$ de bonus sur chaque pain vendu à 4$? En général, les gens trouvent ça sympathique, mais disons que ça ne se bouscule pas au téléphone pour soutenir la cause. Laisser croire aux citoyens de Montréal à un environnement plus sain en supposant y arriver en éliminant le glyphosate. Wow! Du populisme à son meilleur. Inconscience pour se « démarquer » politiquement. Rien à voir avec la réalité agricole. On interdit le glyphosate en milieu urbain. Ville bétonnée et pavée bitume sans traitement des eaux usées. L'endroit que plusieurs citoyens fuient pour espérer se réfugier en campagne. Quand même spécial. À défaut de réaliser la ligne rose, on essaie de nous vendre une vie supposément plus rose. C’est alors que je vois rouge. Art de vendre du vent.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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