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Les technologies agricoles tuent-elles les prix?!

Je me pose la question? Est-ce que les technologies agricoles d’aujourd’hui tuent les prix?

Si on regarde cette année, à lire et entendre les commentaires des producteurs d’ici, on ne peut pas dire que la saison aura été des plus faciles. Même histoire du côté américain, où la sécheresse qui a sévi dans certaines régions du Midwest en juillet a donné de bonnes sueurs froides. Pourtant, dans les deux cas, les résultats sont là.

Au Québec, des échos que j’ai, bien que les rendements soient « variables », plusieurs producteurs ont signalé d’excellents résultats dans le maïs, voire record. Je ne serais d’ailleurs personnellement pas surpris que nous touchions une récolte pratiquement record au Québec frisant les 4 millions de tonnes. C’est moins vrai par contre pour le soya, mais quand même, pas des rendements aussi catastrophiques qu’on aurait pu le croire considérant la saison très fraiche et humide que nous avons connu.

Aux États-Unis, le résultat est encore plus frappant.

Après avoir craint le pire à l’été, quelques semaines plus tard, à l’automne, roulement de tambour, le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) surprend : nouveau rendement moyen record américain de 175,4 boisseaux/acre. Déjà que l’an dernier était une année record, coup sur coup, ça fesse comme on dit!

Nous voilà donc en cette fin de récolte de nouveau avec des prix dans le plancher et mon téléphone, qui sonne : « Jean-Philippe, les prix, ça dit quoi pour les prochains mois? »

Je reste de nature optimiste, réaliste, mais optimiste. Je crois sans hésiter que pour ceux qui suivront de bonnes stratégies de vente, il y a de quoi tirer très bien son épingle du jeu. Et, même sans stratégies très élaborées, nous connaitrons sans aucun doute des rallyes intéressants dans les prochains mois : problèmes météo sud-américains, incertitudes des ensemencements américains, de nouveau la météo l’été prochain, etc.. Pour autant qu’on reste à l’affût, il devrait donc y avoir des opportunités pour vendre « un peu mieux ».

Par contre, j’aimerais que les producteurs aient enfin un « break ». Ça fait maintenant plus de 3 ans que les prix des grains jouent du yoyo : plongera, plongera pas à de nouveaux creux…

Et chaque année est un peu la même histoire. La demande et les consommateurs sont là. Ceux qui surveillent d’un peu plus près les bilans d’offre et demande le savent très bien.

Un bel exemple ici est la production américaine d’éthanol qui a grimpé de +21 à 138 millions de tonnes au cours des 5 dernières années. Difficile aussi de ne pas prendre note de la plus forte consommation animale. On sait que cette année, les inventaires d’animaux aux États-Unis ont atteint des sommets. Rien d’étonnant ensuite de constater qu’en 5 ans, la consommation animale a grimpé chez nos voisins du sud de +33 à 142 millions de tonnes.

Juste avec l’éthanol et la consommation animale aux États-Unis, on parle donc d’un bond de la demande de +54 millions de tonnes. Ce n’est pas rien.

Alors, le hic dans tout ça c’est quoi si la demande est là?

En réalité, les prix des grains ne sont qu’un jeu d’équilibre d’offre et demande. Et si la demande est là et que les prix s’écrasent toujours, c’est que l’offre demeure excessive. Peut-être un peu simpliste comme réflexion, mais pourquoi chercher de midi à quatorze heures…

Sauf que si les prix sont dans le plancher, pourquoi produire plus?

Une partie de la réponse va d’elle-même. On produit davantage, car on vise de meilleurs rendements justement, parce que les prix sont bas. À défaut de bons prix, aussi bien produire plus pour le même coût à l’hectare. Logique…

Je commence par contre à me poser des questions. S’il est légitime de vouloir obtenir année après année de meilleurs rendements, tôt ou tard, Dame Nature a normalement son mot à dire. Sauf que ce semble de moins en moins le cas. Le changement n’est peut-être pas brusque, mais ce semble sournoisement le cas.

L’exemple de cette année en est un très bon du côté américain avec la sécheresse de juillet. Il y a une vingtaine d’années, je doute que les producteurs auraient été à même d’obtenir d’aussi bons rendements en maïs suivant une période de pollinisation aussi chaude et sèche. D’ailleurs, ce n’est certainement pas par hasard que bon nombre d’analystes et spécialistes sont restés bouche bée en novembre dernier lorsque le USDA a annoncé sa prévision de rendement record en maïs américain. Ceux-ci s’attendaient plutôt à une nouvelle réduction du rendement moyen américain.

Est-ce dire que les nouveaux hybrides de semences, les technologies de précisions, et les pratiques culturales de plus en plus élaborés portent fruit? Sommes-nous parvenus à déjouer Dame Nature? Et si c’est le cas, ces nouvelles technologies agricoles tuent-elles les prix? » Je m’interroge…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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