Opération azote

Plus on applique de grande quantité d’azote en un seul passage plus on augmente nos chances d’en perdre

Les feuilles sont dressées, bonne population et bonne vigueur. Opération azote arrive à grand pas.

On a reçu un beau 32 mm de pluie dernièrement. L’effet fut instantané sur la croissance du blé d’hiver et sur la sortie de nos mauvaises herbes. Le blé a levé les oreilles comme un chevreuil tout juste avant de déguerpir. C’est tout juste s’il n’a pas branlé la queue. Le port des feuilles s’est immédiatement dressé comme s’il venait d’avaler une overdose d’azote.

Du temps frais, de l’humidité, une bonne population et de la vigueur. Tout est en place pour atteindre notre objectif de 10 000 kg/ha. Défi personnel lancé en 2017. Déjà? On s’était dit qu’on pourrait bien atteindre cet objectif d’ici cinq ans. Ça paraissait loin à l’époque. On y arrive déjà! Jusqu’à date notre départ est excellent et on ne veut pas rater notre chance. Il nous faut donc accorder beaucoup d’attention à une foule de détails comme s’assurer d’avoir une bonne gestion de l’azote. On s’organise pour l’appliquer à petites doses à différents stades importants pendant la croissance du blé. Efficacité assurée et diminution des pertes inutiles. En fait, plus on applique de grande quantité d’azote en un seul passage plus on augmente nos chances d’en perdre. Un des stades importants c’est le deuxième fractionnement qu’on veut appliquer au stade tallage. L’expression tallage m’a souvent semblé vague surtout quand on parle de blé d’hiver qui a déjà ses talles développées l’automne précédent. On regarde le blé, on observe le développement de nouvelles talles, la météo, on ne veut pas l’appliquer trop tard et surtout ni trop tôt.

Mesurer la position de l’épi dans la tige. On fend la tige et on mesure la distance entre le point de croissance et la base de l'épi. photo: Paul Caplette

J’ai fini par adopter une méthode simple. Mesurer la position de l’épi dans la tige. Selon la littérature, le blé commence à bénéficier de son azote au moment où l’épi se retrouve à un centimètre du point de croissance. La méthode est simple, on prend la mesure de la position de l’épi du brin maître. On fait une moyenne et ça nous donne une bonne indication mesurable. À ce stade le blé doit sentir que son frigo est plein. C’est à partir de cette période qu’il déterminera quel genre d’épi il peut se permettre de développer. Ici, on s’approche du stade critique.

C’est quand même bizarre de parler du blé qui réfléchit à ce qu’il peut bien produire. Moi aussi je réfléchis à comment on peut réfléchir ensemble. « Enwouèye mon pet fais-moi plein de beaux grains, je m’organise pour t’apporter la bouffe » :-) Profession agriculteur.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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