Regarder en avant

C’est inutile de broyer du noir

Debout à minuit. Je me prépare pour essayer de récolter une autre section de maïs dans la neige pendant qu’il fait froid. Un peu stressé parce que je ne veux pas démarrer trop tôt et coller les passes et en même temps je ne veux pas commencer trop tard, car j’espère terminer le champ avant que le soleil soit trop fort.

Je ne peux m’empêcher de bougonner quand je pense que je suis dans ce genre de dilemme parce que notre fournisseur de propane a manqué à son devoir. Sans penser aux prix qui ont littéralement explosé. J’imagine que la personne en charge dort calmement pendant que moi je stresse en pleine nuit pour rattraper le temps perdu et sauver notre récolte. Ça me gruge, mais c’est inutile de broyer du noir. Aussi bien faire comme nos Canadiens et essayer de regarder le positif et construire là-dessus.

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Une fois mon estomac bien rempli, je me dirige vers le champ. Je porte attention à ma dernière réparation et tout semble bien tenir. Au fur et à mesure que la nuit avance, je voyage dans mes souvenirs me rappelant d’autres années de misère. En fait, 1992 et 1993, deux années non performantes collées, trois ans seulement après notre expansion. Notre situation financière était loin d’être celle d’aujourd’hui. Quand on se compare, on se console. En fait, les années difficiles nous ont servi de leçon. Ça nous a rendu plus fort, plus aguerri. Je n’ose imaginer notre situation aujourd’hui si nous avions 75% de nos surfaces en maïs comme dans le temps. On a réparti nos risques, assuré notre récolte et cotisé dans nos programmes Agri. C’est ce que j’aime des programmes Agri. On peut le gérer à notre façon, selon nos besoins. Je pourrai donc combler mon 20% de franchise de mon assurance-récolte afin d’équilibrer mon budget.

Le soleil se pointe et la récolte se passe toujours bien. Gertrude ronronne… Je suis content, satisfait, soulagé et un peu moins en maudit. Je relève les épaules. Un œil au beurre noir, un doigt écrasé, le dos qui me fait souffrir… Je reprends lentement le dessus… Je suis debout et je regarde en avant.

Profession agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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