Une récolte réglée au quart de tour

On a peut-être surestimé la perfection de notre semis

Je sentais bien que notre première récolte approchait à grand pas. J’avais l’impression que la dernière pluie allait favoriser un remplissage uniforme de nos gousses de petits pois verts. Mon œil me dit qu’on devrait récolter d’ici quelques jours. Et voilà que le lendemain matin je réalise qu’on m’a avisé pendant que je faisais dodo qu’on débuterait la récolte avant même que je sois réveillé :-)  Déjà ? J’arrive au champ le plus rapidement possible. Les récolteuses avancent. Les pois me semblent jeunes, mais pas moyen de savoir la qualité de la récolte en cours. Rendement ordinaire étant donné que les gousses pas assez avancées sortent carrément derrière les machines.

Une récolte de pois se joue au quart de tour. Je revois le suivi de nos opérations et je suspecte qu’on a peut-être surestimé la perfection de notre semis. Suffit qu’un certain pourcentage des pois prennent un certain retard en début de croissance et ça suffit pour dérégler la qualité de la récolte au complet 60 jours plus tard. Je planifie déjà comment je pourrais améliorer la situation pour la prochaine fois. Aujourd’hui c’est trop tard! On vit avec notre frustration et pour en rajouter un peu…il nous tombe un beau 20 mm de pluie. Assez pour que tout le monde patine au champ en plus d’ajouter de la boue sur la route… Sort le tracteur, décrotte la route en avalant notre frustration d’échec. Après 37 ans Pierrot qui me dit : « faire des récoltes comme ça ne me donne pas le goût d’en refaire! »

Le lendemain, j’étais bien motivé à brûler ma frustration en karting. Première sortie, j’ai un bris de câble d’accélérateur. Je répare en vitesse pour effectuer ma  deuxième sortie qui se passe assez bien. Il fait tellement chaud. Troisième sortie, je me retrouve sans frein au bout de la ligne droite, résultat : Polo dans les pneus. Répare la machine la goutte au bout du nez. Je parviens tout juste à être prêt pour ma quatrième sortie. Départ à l’arrière du peloton, effectue quelques dépassements pour ressentir après quelques tours une vibration à l’arrière. J’abandonne la course pour réaliser que j’ai un boulon de roue brisé. Hey, ça va faire! Ma frustration augmente au lieu de descendre! J’entre tout ça dans le garage. « Salut les boys je cours retrouver ma blonde. Chérie on  fly  à Lévis faire du vélo. Pis on est mieux de ne pas faire de crevaison » :-)

Un bon souper de trois heures dans le Vieux-Québec et une petite randonnée de vélo le lendemain m’ont permis de mieux digérer notre vendredi noir. Je suis de retour : Profession agriculteur !

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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