Comment sauver sa saison de foin

CHRONIQUE EXPERTS-FOURRAGERS

Au moment de la première coupe de foin, vers la 3e semaine de juin, les pronostics étaient plutôt sombres pour le reste de la saison. La première fauche n’avait pas rempli ses promesses, loin de là, et les coupes restantes laissaient croire à une saison désastreuse en raison du déficit d’eau sur la majorité du territoire de la province.

Interrogé sur l’état des lieux, l’agronome Guy Forand de Belisle solution nutrition, qualifiait la situation de «catastrophique ».

Depuis, quelques précipitations ont permis d’atténuer les effets de la sécheresse sur les prairies mais il est tout de même assuré qu’un manque à gagner se fera sentir sur la production totale de 2020. La situation pourrait en effet devenir plus que difficile pour certains producteurs laitiers aux prises avec plusieurs saisons consécutives où les rendements ont été affectés soit par le gel l’an dernier ou bien les sécheresses.

Même si la situation est critique dans certains cas, il est encore possible d’intervenir pour sauver les prairies et le rendement pour 2020, selon M.Forand.

La première chose à faire dans le cas de l’implantation d’une prairie ou d’un champ qui a fait l’objet d’un sursemis est d’aller voir comment se passe la germination. Un simple test maison, à l’aide d’un linge humide, permettra de voir si la semence est encore bonne ou si l’activité biologique du sol a commencé à faire son œuvre. « Un producteur qui a dépensé de 5000 à 6000$ en semences qui n’ont pas germé, on ne lui dira pas de resemer pour arriver au même résultat », illustre M.Forand. Le temps sec et chaud qui prévaut cette année ne permettra pas en effet aux semences de germer, surtout dans un lit de semence extrêmement sec, en raison du manque de pluie depuis le printemps.

Dans le cas de semences encore viables, aucune intervention n’est recommandée. La pluie devrait faire son oeuvre dans le champ.

Toutefois, si le test démontre que les semences sont inertes, deux choix s’offrent au producteur, indique l’agronome de Belisle. Le premier est d’opter pour l’herbe de soudan qui performe bien à la chaleur. « On peut anticiper obtenir une bonne coupe si l’herbe de soudan ou le sorgho est semé d’ici le 15 juillet, 1er août, et semé en intercalaire avec du trèfle ».

La deuxième option serait de semer des céréales qui pourraient être un mélange d’avoine-pois, d’avoine fourragère ou d’avoine pure. Au pire, des céréales d’automne comme le triticale pourraient être implantées, mais avec des résultats qui ne seront obtenus que l’année prochaine.

Comment procéder dans le cas d’une intervention dans une prairie

Si on décide d’intervenir dans une prairie, on doit brûler au préalable au glyphosate « qui va faire son travail ».

Dans le cas d’une jeune prairie, la surface se prête bien à un travail avec un semoir à céréales, avec un semis pas trop profond. Un coup de rouleau va permettre de bien placer la semence. Pour une prairie sérieusement endommagée, c’est le semis-direct qui sera cette fois privilégié.

« On peut faire des semis d’été jusqu’au 15 juillet et même 1er août. Il y a des alternatives », fait valoir M.Forand

L’important, souligne l’agronome, est de minimiser le travail au sol et d’appliquer des techniques de conservation pour limiter l’évaporation. « Il faut cesser de travailler le sol. On a maintenant l’équipement pour appliquer ces techniques et il va falloir le faire, surtout que les sécheresses sont de plus en plus fréquentes ».

Dans les deux cas toutefois, il faut compter sur au moins un peu de pluie. « L’herbe de soudan se comporte bien à la chaleur mais le plantule a besoin d’eau pour partir. L’avoine se prête aussi à un semis tardif mais il doit pleuvoir. Il n’y pas de miracle », résume Guy Forand.

Évaluer ses besoins

M.Forand recommande aussi de faire une estimation de ses superficies et des rendements obtenus et anticipés. As-t-on assez de prairies pour fournir le troupeau en matière sèche pour l’année?

Le calcul est simple à réaliser. Il suffit d’enlever le maïs-ensilage de la ration totale fournie à la vache pour évaluer les besoins en matière sèche et de multiplier par le nombre de tête. Le résultat indiquera si les besoins seront comblés par les rendements des prairies.

Avec les inventaires bas des dernières années et les récoltes difficiles, des producteurs pourraient être en difficultés, surtout que la mortalité dans les prairies en 2019 ont hypothéqué la saison de 2020. À cela s’ajoute aussi les défis d’implanter de nouvelles prairies. Les semis d’été pourraient donc aider à combler les besoins. Sinon, les producteurs pourraient se trouver plus tard avec des coûts d’alimentation en hausse, soit parce qu’il doit acheter du foin ou parce qu’il devra ajouter des intrants couteux à son troupeau.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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