Le pâturage d’automne, ou comment réduire ses coûts d’alimentation

Chronique Experts fourragers

*L’utilisation des pâturages est un excellent moyen pour les producteurs bovins, ovins et caprins de réduire les coûts d’alimentation de leurs entreprises. Par contre, au Québec, tirons-nous le plein potentiel des pâturages dans nos entreprises ? Pour certains producteurs, oui; mais il reste encore du travail à accomplir. L’allongement de la période des pâturages à l’automne au-delà d’octobre et même novembre fait partie des moyens pour atteindre le plein potentiel de nos pâturages. Cette pratique possède de nombreux bénéfices, tels que :

  • Réduction des coûts d’alimentation;
  • Réduction des coûts reliés à la gestion des fumiers;
  • Meilleure répartition des nutriments dans les prairies;
  • Besoins en main d’œuvre réduit;
  • Meilleure répartition de la main d’œuvre durant l’année;
  • Meilleur confort des animaux.

Par contre, l’extension des pâturages à l’automne demande des ajustements et représente quelques défis, tels que :

  • Enjeux environnementaux, puisqu’il est nécessaire de respecter les règles en vigueur pour éviter la pollution des cours d’eau et éviter les surplus de phosphore. Il est important de consulter votre agronome avant de vous lancer dans l’aventure.
  • Bien-être et productivité des animaux, puisqu’il est nécessaire de sélectionner des animaux aillant des besoins alimentaires faibles (vaches taries ou en fin de lactation) et s’assurer de fournir de l’eau et des brise-vent aux animaux.

Cela étant dit, voici différentes pratiques permettant d’allonger la paissance à l’automne :

Paissance par entreposage (stockpiling)

  • Pratique:
    • Récolter la première coupe et laisser accumuler les fourrages pour être pâturés à l’automne.
  • Espèces recommandées
    • Vivaces : fétuque élevée, alpiste roseau, lotier
    • Annuelles : céréales de printemps; raygrass annuel; maïs; brassicacée (chou et navet fourrager)
  • Bonnes pratiques
    • Pour les plantes vivaces:
      • Appliquer de l’engrais azoté pour augmenter les rendements et % de protéines;
      • Sélectionner des espèces qui restent debout et ne se brisent pas.
    • Échantillonner pour connaître la qualité des fourrages;
    • Utiliser du pâturage en bandes pour réduire les pertes.

Pâturage en andains (swath grazing)

  • Pratique:
    • Couper le foin à l’automne, le mettre en andains et permettre au bétail de brouter ces andains en hiver
  • Espèces recommandées
    • Céréales d’automne
  • Bonnes pratiques
    • Choisir un site:
      • Avoir un champ plat;
      • Avoir un champ facile d’accès pour les machineries;
      • Être près d’un corral pour manipuler les animaux;
      • Présence de brise-vents naturels ou artificiels;
      • Disponibilité de l’eau.
    • Choix des animaux:
      • Vaches taries en bonnes conditions de chaire
    • Effectuer une analyse des fourrages;
    • Débuter lorsque la neige empêche d’accéder à l’autre type de pâturage;
    • Ajouter une balle avant l’avancement dans le pâturage aide à réduire les résidus au sol;
    • Besoin d’andains libres de glace;
    • Effectuer du pâturage en bandes.
  • Enjeux :
    • Création de couches de glace sur la neige empêchant les animaux d’avoir accès aux fourrages;
    • Des conditions météo extrêmes peuvent demander une supplémentation en aliments;
    • Consommation des fourrages par les animaux sauvages.

Pâturage de balles (bale grazing)

  • Pratique

o   Disposer des balles de foin sur un pâturage et permettre aux animaux de pâturer les balles lorsque le sol est ferme.

  • Bonnes pratiques
  • Choix des champs composés de plantes annuelles, plantes vivaces (brome inerme, alpiste roseau) ou en rénovation;
  • Déposer les balles à 9 mètres de distance (centre-centre);
  • Effectuer du pâturage en bandes (2-3 jours);
  • Analyser les fourrages;
  • Fournir plus de balles pour les journées plus froides;
  • Fournir un accès à de l’eau.
  • Enjeux
    • Éviter les sols avec une texture grossière dans lesquels l’eau s’écoule rapidement;
    • Éviter les terrains en pente;
    • Éviter les conditions de sols humides;
    • S’assurer de respecter les règles environnementales;
    • Éviter les surcharges de nutriments;
    • L’accumulation de neige peut rendre les déplacements difficiles.

Nous espérons que cet article vous aura donné des idées pour allonger votre période de pâturage au-delà de 160 ou 180 jours. Bien que ces pratiques soient largement utilisées dans l’Ouest canadien, il est important de consulter votre agronome pour vous assurer de respecter les règles environnementales. Finalement, ce type de pratique nécessite une planification à long terme de vos rotations de cultures pour en assurer une bonne intégration dans votre système. Pour plus de détails sur le sujet, nous vous invitons à consulter ce webinaire portant sur le sujet : Jasons Systèmes fourragers : Le pâturage d’automne

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Maxime Leduc - Ph.D. et agr.

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu'ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

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