Des printemps de plus en plus longs?

Les printemps tels que le Québec les connaît pourraient laisser place à une toute autre saison dans les prochaines années. Le printemps pourrait en fait débuter plus tôt et durer plus longtemps, selon une étude de l’Université du New Hampshire. Le printemps est la période la plus courte d’un point de vue météorologique : la neige fond, les nutriments sont charriés par les eaux de fonte, le sol se réchauffe et les bourgeons émergent.

L’étude de l’université américaine révèle toutefois que le couvert de neige est de moins en moins important depuis 30 ans. Une équipe a étudié pendant trois ans la quantité de neige et la canopée des arbres à travers l’État du New Hampshire. Des informations supplémentaires sur le climat et les précipitations ont été ajoutées aux premières. Les conclusions indiquent que les hivers plus chauds accompagnés de neige moins abondante ont mené à une période plus longue entre les moments clefs du printemps et un écart plus important entre la fin de l’hiver et le début de l’été.

L’impact des changements climatiques se fait d’ailleurs déjà sentir au Québec, confirme Anne Blondlot, coordonnatrice agriculture, pêches et aquaculture commerciales à l’organisme Ouranos. « Les producteurs sur le terrain l’ont confirmé : dans la région métropolitaine, près de 14 jours de cultures se sont ajoutés dans les dernières années. L’été se prolonge plus tard et le printemps arrive tôt. » La chercheure fait remarquer qu’il s’agit d’une tendance et que des variations peuvent survenir durant certaines années.

Les modèles développés pour prévoir les changements à venir laissent entrevoir des changements encore plus importants. D’ici 2050, soit d’ici une génération, la période de croissance devrait être prolongé de l’ordre de 2 à 4 semaines. « On observe déjà que la saison sans gel se prolonge », fait remarquer Mme Blondlot.

Cette saison rallongée apporte son lot d’effets plutôt positifs. Si on parle des cultures de soya et de maïs, on pourrait s’attendre à voir plus de rendements, un zone cultivable plus grande vers le nord pour ces cultures, la possibilité de faire une coupe de plus pour les cultures fourragères et un plus grand choix de cultivars.

Mais comme toute médaille a un revers, une saison plus longue implique des étés plus chauds et la possibilité d’épisodes de sécheresse. « La quantité de pluie reçue serait la même mais les épisodes de temps violent avec des averses abondantes et brusques seront plus fréquents », avance la chercheure. La barrière que représentait le climat pour certains insectes ne serait plus présente, ce qui implique l’arrivée de nouveaux insectes, ou des générations plus nombreuses parmi les ennemis des cultures, comme la pyrale.

Si le secteur agricole au Québec est dynamique, il est encore possible de faire preuve d’innovation pour s’adapter aux changements qui se préparent. Mme Blondlot souhaiterait une approche concertée sur la question avec des partenaires du secteur et les gouvernements, mais tout revient à une question de conservation des sols. Comme producteur, chacun peut prendre des mesures adaptées à sa situation. « Prendre connaissance de la situation est un début. Il faut ensuite se demander ce que cela signifie en gros pour ma ferme et en quoi je suis vulnérable ».

Source: Wiley Online Library

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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