Est-ce que le croisement est la seule façon d’améliorer la diversité génétique?

Une recherche américaine sur 10 ans a démontré que les vaches laitières issues d'un triple croisement sont plus rentables

Une vaste étude sur 10 ans de vaches laitières issues d’un croisement de trois races, Holstein, Viking Red et Montbeliarde, a démontré que celles-ci sont plus rentables, comparativement aux Holstein en race pure. Un rapport des chercheurs Amy Hazel, Brad Heins et Les Hansen de Université du Minnesota a été publié l’été dernier.

Selon le chercheur en génétique animale Claude Robert de l’Université Laval interviewé par LeBulletin.com, ce type de croisement a aussi des inconvénients. Selon lui, il existe une meilleure façon d’améliorer la diversité génétique des vaches laitières.

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Étude américaine sur 10 ans

Le programme de croisements à 3 races de l’étude américaine ressemble à ce qui se fait couramment en production bovine, ovine, porcine et de volaille depuis 40 ans. Le programme est commercialisé sous le nom de ProCROSS.

Ce projet a été démarré par des six exploitations laitières de Californie en 2003 où des croisements ont démontré l’intérêt des croisements à trois races. En 2008, ils démaraient l’étude dirigée par des chercheurs de l’Université du Minnesota. L’étude a été menée jusqu’en 2017.

Le but de l’étude était de comparer la rentabilité des vaches croisées comparativement aux Holstein en race pure. Une attention particulière a été apportée aux différences de coûts de santé et aux autres coûts d’intrants.

Selon les auteurs de l’étude, il s’agit de la plus vaste étude de ce type. Les sept exploitations laitières participantes ont accepté de fournir 3550 génisses et vaches Holstein à titre de troupeau fondateur. Chaque troupeau devait fournir un minimum de 250 vaches qui seraient accouplées dans une lignée Holstein ou accouplées dans un triple croisement.

Dans ce type de croisement, une vache Holstein est croisée avec un taureau d’une deuxième race (Montbéliarde ou Viking Red), puis avec un taureau de la troisième race. Puis, le croisement recommence avec un taureau de race Holstein et ainsi de suite. Les sujet croisés ont été comparés à des sujets Holstein en race pure.

Voici les principaux résultats de l’étude :
– Production de gras et de protéine améliorée de 1% pour le double croisement et diminuée de 1% pour le triple croisements;
– Durée saillie à conception réduite de 12 jours pour le double croisement et de 17 jours pour le triple croisement;
– Coût de traitement vétérinaire réduit de 23% pour le double croisement et de 17% pour le triple croisement;
– Mortalité réduite de 4% pour le double et le triple croisement;
– Âge à la réforme prolongée de 153 jours pour le double et le triple croisement;
– Profit journalier était de 13% supérieur pour le double croisement et de 9% plus élevé pour le triple croisement comparativement aux Holstein.

Recherche canadienne chez la Holstein

Le professeur Claude Robert de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval connaît bien le Dr. Brad Heins de l’Université du Minnesota. « C’est un des pères du principe de croisements en production laitière, dit-il. Il a beaucoup poussé pour faire la promotion des croisements. Pour Bradley Heins, la diversité génétique est en cause. Avec les croisements, la production laitière baisse un peu, mais avec la diminution des frais, on y gagne au change. »

Selon de Dr. Robert, il faut faire attention lorsqu’on regarde les résultats d’une étude américaine. Le contexte de la production laitière est différent là-bas, la taille des troupeaux est beaucoup plus grande et les fermes elles-mêmes sont différentes.

Claude Robert explique que le croisement interraces en production laitière n’est pas une priorité au Canada actuellement. Toutefois, certains producteurs laitiers biologiques démontrent un certain intérêt, notamment en raison de la diminution des coûts de santé.

Il ajoute que si certaines performances sont améliorées, il faut quand même des troupeaux en race pure pour alimenter le croisement. Deux principaux inconvénients sont présents. Les croisements ne permettent pas de faire de l’amélioration génétique. De plus, le prix de vente des animaux en souffre.

Selon lui, il y a deux façon de faire de la sélection génétique : y aller de façon aléatoire comme l’étude américaine ou encore de façon ciblée à l’intérieur même d’une race. Dans une récente étude effectuée en collaboration avec Novalait, l’équipe du chercheur Claude Robert a ciblé des régions du génome ayant un impact sur la santé et la fertilité des vaches laitières.

L’équipe a cherché à diversifier uniquement ces régions-là chez un groupe de 200 taureaux Holstein et ont regardé les bénéfices. Les résultats qui ne sont pas encore publiés démontrent de l’intérêt. Le chercheur pousser plus loin ses recherches à ce niveau.

« On pense qu’il y a assez de variation au sein d’un bassin comme la race Holstein sans aller vers un croisement à deux races », explique le chercheur québécois.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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