La résistance aux antibiotiques est un casse-tête dans les parcs d’engraissement

Depuis deux ans, les bronchopneumonies sont de plus en plus difficiles à traiter dans les parcs d’engraissement. La résistance aux antibiotiques en est la cause. Face à cette problématique, la prévention pourrait bien être l’une des meilleures avenues.

Lors de la Journée bovine 2018 du 15 juin dernier, organisée par Merck Santé animale, le professeur Edouard Timsit de l’Université de Calgary a présenté une conférence sur le sujet. Il a expliqué pourquoi les bovins en parcs d’engraissement sont plus affectés que les autres animaux et que par le passé, mais aussi quelles sont les pistes de solution pour en diminuer l’incidence.

Articles connexes

Les bovins, ces handicapés

L’anatomie des poumons des bovins n’avantage pas ces animaux. Comme résultante, ils sont plus sensibles que les autres espèces animales aux pneumonies. « Les bovins ont un poumon fondamentalement déficient », dit Edouard Timsit.

Leurs poumons sont petits pour leurs besoins. Ils pompent donc l’air très rapidement. Les bactéries entrent donc rapidement et profondément dans les poumons.

Que faire alors?

Selon Edouard Timsit, on ne peut pas se débarrasser des bronchopneumonies, mais on peut réduire leur fréquence et leur sévérité. Les bactéries responsables les plus fréquentes sont Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida, Histophilus somni et Mycoplasma bovis. Or, ces bactéries sont pour la plupart résistantes aux antibiotiques couramment utilisés en parcs d’engraissement.

« Ce qui est nouveau, c’est qu’on a maintenant des souches très contagieuses et résistantes aux antibiotiques, explique Edouard Timsit en révélant les résultats d’une récente étude non publiée. Il y a 10 ans, on ne pensait pas que ça pourrait arriver. Il y a des bactéries aux États-Unis qui sont résistantes à tous les antibiotiques, sauf l’Excenel. » Cet antibiotique est d’une extrême importance en médecine humaine.

Messages à retenir

Le message qu’Edouard Timsit envoie aux propriétaires de parcs d’engraissement est de prendre des écouvillons de bactéries et de tester la résistance aux antibiotiques. Un écouvillon ressemble à un cure-oreille. On plonge l’écouvillon dans la narine d’au moins cinq bovins (idéalement non traités) et on le plonge ensuite dans la gélose contenue dans un tube. Le kit est prévu pour ce type de prélèvement. Le producteur doit en parler à son vétérinaire. « Si tu traites un bovin sur deux, il y a un problème », dit Edouard Timsit.

Prévention

Des récentes études démontrent qu’une solution pourrait être d’améliorer la réponse immunitaire des bovins. Certaines souches de bactéries protègent contre certaines bactéries responsables des bronchopneumonies. L’arrivée sur le marché de probiotiques pour bovins pourrait donc être une solution.

Un autre système de défense de l’animal est le mucus. Les macrophages présents dans le mucus mangent littéralement les bactéries indésirables. Toute action pour augmenter la sécrétion de mucus aidera donc l’animal à se défendre contre les bronchopneumonies.

D’autres aspects sont à regarder avec attention parce qu’ils prédisposent aux infections bactériennes. Ce sont les infections virales, le stress, l’environnement et la déshydratation. Toutes ces conditions diminuent la résistance de l’animal aux bactéries pathogènes.

En 12 ans de recherche sur les maladies respiratoires des bovins, Edouard Timsit a compris l’importance d’avoir une approche multifactorielle tout en ciblant le problème principal. Quels sont les facteurs prédisposants?

« La meilleure façon de prévenir, c’est le préconditionnement », dit Edouard Timsit. Les veaux devraient être sevrés trois semaines et vaccinés deux semaines avant l’arrivée en parcs. Il faut cependant éviter de trop mélanger les veaux.

Plusieurs croient que c’est les encans qui sont la principale source du problème. Une récente étude a démontré que ce n’était pas le cas. L’étude a démontré que la souche infectieuse provenait du parc d’engraissement et non de l’encan. Edouard Timsit insiste plutôt sur l’importance de garder ensemble les veaux de même origine et de même poids.

Un autre truc qu’Edouard Timsit donne aux producteurs est de réduire la taille des groupes. Au Québec, les groupes sont de 80 veaux parce qu’une remorque contient 80 veaux. Edouard Timsit recommande de diviser ce groupe en deux. « Mettre des divisions pour avoir des petits groupes, ça diminue la maladie », dit-il.

Le chercheur Edouard Timsit de l’Université de Calgary.
photo: Marie-Josée Parent

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Marie-Josée Parent's recent articles

Commentaires