Nous y voilà, une autre guerre importante vient d’éclater entre l’Iran d’un côté, et de l’autre Israël et les États-Unis. Je ne fais pas dans le géopolitique. À savoir donc ce que seront en général les conséquences de cette nouvelle guerre, je laisse tout ça aux spécialistes. Par contre, il n’y a aucun doute qu’elle aura directement et surtout, indirectement, une incidence sur le marché des grains. Alors, que peut-on anticiper de ce côté?
On retient tout d’abord qu’en tant que tels, des grains et céréales comme le maïs, le soya ou le blé risquent d’être peu affectés. L’Iran en produit, consomme, importe et exporte de très petits volumes. Rien qui pourrait déséquilibrer la dynamique globale d’offre et demande de ces grains et céréales.
Les effets seront donc surtout indirects.
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Avec 20% de la production mondiale en Iran, on parle en premier du prix du pétrole qui s’est déjà enflammé cette semaine, grimpant à son plus haut niveau depuis l’été dernier autour de 75 $US/baril sur le NYMEX. Par ricochet, cette hausse a une incidence positive sur les marchés de l’éthanol et du biodiésel. À terme, on juge que la demande pour ces biocarburants devrait canaliser une plus grande fermeté de celles pour le maïs et le soya. Dans le cas du soya, avec la trituration qui roule déjà à plein régime aux États-Unis et le nouveau mandat sur le biodiésel qui flotte dans l’air, les effets de cette guerre semblent particulièrement positifs à court terme. Elle ravive l’intérêt des spéculateurs déjà très investi dans le marché du soya à Chicago présentement.

Comme je le disais dans mon dernier billet sur ce blogue (Le soya mène toujours la charge), il nous fallait un nouveau « coup de gaz » pour briser la résistance autour de 11,70-11,75 $US/bo. à Chicago pour espérer allez chercher davantage. Et bien c’est chose faite…

D’un point de vue commercial, le fait que les États-Unis aient plongé tête baisser dans cette guerre risque d’avoir en revanche des répercussions sur leurs relations commerciales, particulièrement avec la Chine.
Plus tôt la semaine dernière, le marché du soya avait de nouveau gagné du terrain sur l’annonce d’une rencontre entre M. Trump et M. Xi Jinping à la fin mars, début avril. Sachant toutefois que l’Iran et la Chine sont des alliés économiques, on ne peut s’étonner que déjà la Chine ait manifesté son profond désaccord avec l’agression américaine en Iran. Est-ce que ceci sera suffisant pour renverser les engagements informels actuels et futurs de la Chine dans des achats de soya américain? Ça reste à voir. Mais chose certaine, ce n’est pas positif à l’approche de la rencontre de ces deux puissances mondiales.
On retient donc que pour le marché des grains, les répercussions sont surtout indirectes, et spéculatives. On spécule que les demandes pour le maïs et le soya seront peut-être meilleures (biocarburants), on spécule que le marché du blé pourrait aussi être un peu affecté, on spécule que la Chine pourrait freiner ses achats de soya, etc.
Dans les faits, ce qu’entraine par contre surtout cette nouvelle guerre pour le moment, c’est plus de volatilité dans les marchés financiers, incluant les prix des grains à Chicago. En ce sens, l’indice VIX a d’ailleurs de nouveau bondi, grimpant pratiquement à son plus haut depuis l’hiver dernier, lorsque M. Trump avait fait l’annonce de ces tarifs tous azimuts. On doit donc s’attendre à de plus fortes variations des prix des grains, à la hausse comme à la baisse, alors que les spéculateurs tentent de jauger les différentes répercussions que pourrait avoir cette guerre.

Concrètement, comment tout ceci se transpose-t-il pour les prix des grains au Québec? Ceci veut dire qu’un matin, vous pourriez effectivement voir par exemple le prix du soya bondir à plus de 590 $CAN/tonne (*à la ferme), et le lendemain, le voir baisser de nouveau sous 560$CAN/tonne. Donc plus d’opportunités possibles à la hausse, mais aussi de risque de s’en mordre les doigts de ne pas avoir vendu lorsque c’était le temps. Si vous êtes de ceux qui ont pour habitude de vous dire « le prix a monté, je vais attendre qu’il monte encore plus avant de vendre… », la meilleure approche ici est donc de vous fixer plutôt des objectifs de vente clairs, et de les respecter.
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VIX – L’indice VIX est l’un des indicateurs américains les plus connus de la volatilité des marchés financiers. Selon les imprévus, cet indicateur bondit, reflétant la nervosité des marchés (… et des spéculateurs).